Terrorisme, guerre, épidémie…

… justice et liberté (d’expression).

Textes – revues – extraits – liens.

Critique, lecture et réflexion.

Cercle Marx – 31/10/2020

Cette mystérieuse compile de textes nous est parvenue par des voies secrètes dans une étrange valise accompagnée d’une note écrite, il était indiqué sur cette note : « Lire, réfléchir, douter, critiquer, interroger… »

Une épidémie qui, à toute autre époque, eût semblé une absurdité, s’abat sur la société, l’épidémie de la surproduction. La société se trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée ; on dirait qu’une famine, une guerre d’extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance…  (Marx & Engels, Manifeste Communiste)

« Les sciences naturellement modernes ont prouvé que les « vilains quartiers », où s’entassent les travailleurs, constituent les foyers de toutes les épidémies qui périodiquement éprouvent nos cités. Les fermes du choléra, du typhus, de la fièvre typhoïde, de la variole et autres maladies dévastatrices se répandent dans l’air pestilentiel et les eaux polluées de ces quartiers ouvriers ; ils n’y meurent presque jamais complètement, se développent dès que les circonstances sont favorables et provoquent des épidémies, qui alors se propagent au-delà de leurs foyers jusque dans ces quartiers plus aérés et plus sains, habités par messieurs les capitalistes. Ceux-ci ne peuvent impunément se permettre de favoriser dans la classe ouvrière des épidémies dont ils subiraient les conséquences ; l’ange exterminateur sévit parmi eux avec aussi peu de ménagements que chez les travailleurs. » (Engels, La question du logement)

« Les foyers d’épidémies, les caves les plus immondes, dans lesquelles nuit après nuit, le mode de production capitaliste enferme nos travailleurs, ne sont pas éliminés, mais seulement… déplacés ! La même nécessité économique les fait naître ici comme là. » (Engels, La question du logement)

« Les forces de la Révolution semblent se terrer, et le grand Capital fait bombance au soleil. Mais nous qui ne sommes pas intoxiqués par l’alcool de l’idéologie bourgeoise, avec le radar historique de la doctrine marxiste — un radar sur l’écran duquel on ne lit pas de mensonges — nous avons retrouvé dans la brume des fonds marins de Nantucket, dans le limon amer des marais du désert arabique, nous avons retrouvé, accomplissant son oeuvre inépuisée, la Vieille Taupe, qui creuse la malédiction d’infâmes formes sociales et prépare leur lointaine, mais sûre, explosion. » (Bordiga, Le sinistre roman noir de la décadence sociale moderne)

« Le développement chaotique du Capital n’entraîne pas nécessairement sa fin catastrophique car sa tendance ‘universelle’ contient en fait la possibilité de son propre dépassement, l’intériorisation de ses limites (ceci ne nie évidemment pas que le maintien du mode de production capitaliste soit gros d’une catastrophe insurmontable : la destruction de la vie à la surface du globe. Le Capital peut échapper à son propre devenir catastrophique, mais il crée par là-même les conditions d’un anéantissement humain). » (Invariance, Juillet 1972)

« Le travail physique épuisant, le souci de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les films, le football, la bière et, surtout, le jeu, formaient tout leur horizon et comblaient leurs esprits. Les garder sous contrôle n’était pas difficile. Quelques agents de la Police de la Pensée circulaient constamment parmi eux, répandaient de fausses rumeurs, notaient et éliminaient les quelques individus qui étaient susceptibles de devenir dangereux. (…) Les bombes-fusées qui tombaient chaque jour sur Londres étaient probablement lancées par le gouvernement de l’Océania lui-même, « juste pour maintenir les gens dans la peur ». (…) Ainsi qu’on le verra, la guerre est une affaire purement intérieure. Anciennement, les groupes dirigeants de tous les pays,bien qu’il leur fût possible de reconnaître leur intérêt commun et, par conséquent, de limiter les dégâts de la guerre, luttaient réellement les uns contre les autres, et celui qui était victorieux pillait toujours le vaincu. De nos jours, ils ne luttent pas du tout les uns contre les autres. La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets et l’objet de la guerre n’est pas de faire ou d’empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société. » (George Orwell, 1984)

« LE TERRORISME, LA TERREUR… C’EST L’ÉTAT ! […] De gauche ou de droite, « parlementaire » ou « totalitaire », fasciste ou anti-fasciste, la démocratie n’est rien d’autre que la dictature du Capital ! » (Le Communiste, décembre 1984)

« Toute campagne anti-terroriste, en général, quels que soient ses auteurs, contribue au maintien et au renforcement indispensable du terrorisme d’État et convertit ses instigateurs, quelle que soit leur volonté, en agents objectifs du terrorisme d’État. […] avec la campagne anti-terroriste, menée par l’État, on cherche en même temps : -> à terroriser la population -> à l’impliquer dans la défense des intérêts de « son » État -> à lui créer un ennemi monstrueux et la tenir prête à se mobiliser contre lui -> à réprimer ouvertement le prolétariat avec sa complicité passive et même sa collaboration. » (Le Communiste, février 1988)

« Mais une société qui ne se survit que par le terrorisme quotidien peut-elle susciter autre chose que la haine et le terrorisme ? La démocratie, c’est le terrorisme organisé qui accompagne nécessairement le maintien de la classe ouvrière en esclavage. II est clair que cette dernière pourra s’émanciper non pas par des appels impuissants au respect de la démocratie, du droit, de la morale mais en alliant la haine de l’ordre social existant à l’organisation d’une classe qui doit revendiquer ouvertement les armes de la terreur pour en finir avec le capitalisme et ses laquais. » (Le Prolétaire, mai-juin 1976)

«Liberté et Travail». C’est derrière ces mots que se cache le terrorisme originel par lequel la bourgeoisie a contraint la majorité des hommes à se séparer des moyens de production qui assuraient leur existence […] Quand des capitalistes réussissent à convaincre des prolétaires de placer sur la vitre arrière de leur voiture un autocollant où il est écrit «Mon travail c’est ma liberté !», ils ne font que prolonger sous forme de propagande, le terrorisme de leurs ancêtres. Il s’agit en effet de confirmer le règne du libre échange marchand imposé historiquement par le fer et le feu. » (Le Communiste, mai 1998)

« La liberté d’expression, organisée en France par la loi centenaire du 29 juillet 1881 a été supprimée par la loi dogmatique du 13 juillet 1990, dite loi Fabius-Gayssot. » (La Vieille Taupe, automne 1997)

« De toute façon, la Police de la Pensée ne le raterait pas. Il avait perpétré – et aurait perpétré, même s’il n’avait jamais posé la plume sur le papier – le crime fondamental qui contenait tous les autres. Crime par la pensée, disait-on. Le crime par la pensée n’était pas de ceux que l’on peut éternellement dissimuler. On pouvait ruser avec succès pendant un certain temps, même pendant des années, mais tôt ou tard, c’était
forcé, ils vous avaient. »
(Orwell, 1984)

« Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique. » (…) C’est sans doute en Italie que la Mafia, au retour de ses expériences et conquêtes américaines, a acquis la plus grande force : depuis l’époque de son compromis historique avec le gouvernement parallèle, elle s’est trouvée en situation de faire tuer des juges d’instruction ou des chefs de police : pratique qu’elle avait pu inaugurer dans sa participation aux montages du « terrorisme » politique. Dans des conditions relativement indépendantes, l’évolution similaire de l’équivalent japonais de la Mafia prouve bien l’unité de l’époque. On se trompe chaque fois que l’on veut expliquer quelque chose en opposant la Mafia à l’État : ils ne sont jamais en rivalité. La théorie vérifie avec facilité ce que toutes les rumeurs de la vie pratique avaient trop facilement montré. La Mafia n’est pas étrangère dans ce monde ; elle y est parfaitement chez elle. Au moment du spectaculaire intégré, elle règne en fait comme le modèle de toutes les entreprises commerciales avancées. » (Guy Debord, Commentaires sur la société du Spectacle)

« Après chaque révolution, qui marque un progrès de la lutte des classes, le caractère purement répressif du pouvoir d’État apparaît façon de plus en plus ouverte. La Révolution de 1830 transféra le gouvernement des propriétaires terriens aux capitalistes, des adversaires les plus éloignés des ouvriers à leurs adversaires les plus directs. Les républicains bourgeois qui, au nom de la Révolution de février, s’emparèrent du pouvoir d’État, s’en servirent pour provoquer les massacres de juin, afin de convaincre la classe ouvrière que la république « sociale », cela signifiait la république qui assurait la sujétion sociale, et afin de prouver à la masse royaliste des bourgeois et des propriétaires terriens qu’ils pouvaient en toute sécurité abandonner les soucis et les avantages financiers du gouvernement aux « républicains » bourgeois. Toutefois, après leur unique exploit héroïque de juin, il ne restait plus aux républicains bourgeois qu’à passer des premiers rangs à l’arrière-garde du « parti de l’ordre », coalition formée par toutes les fractions et factions rivales de la classe des appropriateurs dans leur antagonisme maintenant ouvertement déclaré avec les classes des producteurs. La forme adéquate de leur gouvernement en société par actions fut la « république parlementaire », avec Louis Bonaparte pour président, régime de terrorisme de classe avoué et d’outrage délibéré à la « vile multitude ». Si la république parlementaire, comme disait M. Thiers, était celle qui « les divisait [les diverses fractions de la classe dirigeante] le moins », elle accusait par contre un abîme entre cette classe et le corps entier de la société qui vivait en dehors de leurs rangs clairsemés. Leur union brisait les entraves que, sous les gouvernements précédents, leurs propres dissensions avaient encore mises au pouvoir d’État. En présence de la menace de soulèvement du prolétariat, la classe possédante unie utilisa alors le pouvoir de l’État, sans ménagement et avec ostentation comme l’engin de guerre national du capital contre le travail. » (Marx, La guerre civile en France)

« Au fond du système capitaliste il y a donc la séparation radicale du producteur d’avec les moyens de production. Cette séparation se reproduit sur une échelle progressive dès que le système capitaliste s’est une fois établi; mais comme celle-là forme la base de celui-ci, il ne saurait s’établir sans elle. Pour qu’il vienne au monde, il faut donc que, partiellement au moins, les moyens de production aient déjà été arrachés sans phrase aux producteurs, qui les employaient à réaliser leur propre travail, et qu’ils se trouvent déjà détenus par des producteurs marchands, qui eux les emploient à spéculer sur le travail d’autrui. Le mouvement historique qui fait divorcer le travail d’avec ses conditions extérieures, voilà donc le fin mot de l’accumulation appelée « primitive » parce qu’elle appartient à l’âge préhistorique du monde bourgeois […] L’ensemble du développement, embrassant à la fois le genèse du salarié et celle du capitaliste, a pour point de départ la servitude des travailleurs; le progrès qu’il accomplit consiste à changer la forme de l’asservissement, à amener la métamorphose de l’exploitation féodale en exploitation capitaliste.[…] La spoliation des biens d’église, l’aliénation frauduleuse des domaines de l’État, le pillage des terrains communaux, la transformation usurpatrice et terroriste de la propriété féodale ou même patriarcale en propriété moderne privée, la guerre aux chaumières, voilà les procédés idylliques de l’accumulation primitive. Ils ont conquis la terre à l’agriculture capitaliste, incorporé le sol au capital et livré à l’industrie des villes les bras dociles d’un prolétariat sans feu ni lieu. […] C’est ainsi que la population des campagnes, violemment expropriée et réduite au vagabondage, a été rompue à la discipline qu’exige le système du salariat par des lois d’un terrorisme grotesque, par le fouet, la marque au fer rouge, la torture et l’esclavage. » (Marx, Le Capital, livre I). Lien : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-28.htm

« Dire que deux et deux font quatre est en passe de devenir un acte révolutionnaire. Ose-t-on penser en France à chercher midi à quatorze heures, en été ? Terrorisme ! C’est le soleil qui se trompe, et le gouvernement qui a raison. » (Guy Debord, Considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici)

« L’« absence de conviction » des journalistes, la prostitution de leurs expériences et de leurs convictions personnelles ne peut se comprendre que comme le point culminant de la réification capitaliste. » (Lukàcs, Histoire et conscience de classe)

« Qui renonce par principe au terrorisme, c’est-à-dire aux mesures d’intimidation et de répression à l’égard de la contre-révolution acharnée et armée, doit également renoncer à la domination politique de la classe ouvrière, à sa dictature révolutionnaire. Qui renonce à la dictature du prolétariat renonce à la révolution sociale et fait une croix sur le socialisme.[…] La dictature du prolétariat signifie, dans son essence même, la domination immédiate d’une avant-garde révolutionnaire qui s’appuie sur les lourdes masses et qui oblige, quand il le faut, les couches les plus arriérées à se rallier.[…] On peut et on doit faire comprendre qu’en temps de guerre civile nous exterminerons les gardes-blancs afin qu’ils n’exterminent pas les travailleurs.[…] Mais qu’il faille payer avec du sang, que dans sa lutte pour conquérir le pouvoir et le conserver, le prolétariat doive savoir mourir et savoir tuer, de cela nul révolutionnaire véritable n’a jamais douté.[…] Mais la terreur peut être très efficace contre la classe réactionnaire qui ne veut pas quitter la scène. L’intimidation est un puissant moyen d’action politique, tant dans la sphère internationale qu’à l’intérieur. La guerre, de même que la révolution, repose sur l’intimidation. Une guerre victorieuse n’extermine en règle générale qu’une petite partie de l’armée vaincue, mais démoralise ceux qui restent et brise leur volonté. La révolution agit de même : elle tue quelques individus, elle en effraie mille. Dans ce sens, la terreur rouge ne se distingue pas en principe de l’insurrection armée, dont elle n’est que la continuation. Ne peut condamner « moralement » la terreur d’État de la classe révolutionnaire que celui qui rejette par principe (en paroles) toute violence, quelle qu’elle soit – et donc toute guerre et tout soulèvement. Mais il faut n’être pour cela qu’un quaker hypocrite.[…] Si la vie humaine en général est inviolable et sacrée, alors il faut renoncer non seulement à la terreur, non seulement à la guerre, mais aussi à la révolution. » (Trotsky, Terrorisme et communisme)

« Cette forme anonyme ou républicaine du régime bourgeois, cette République bourgeoise, cette République du parti de l’ordre, est le plus odieux de tous les régimes politiques. Sa tâche directe, sa seule raison d’être, c’est d’écraser le peuple. C’est le terrorisme de la domination de classe. » (Marx, La guerre civile en France, premier essai de rédaction)

« Les massacres sans résultat depuis les journées de juin et d’octobre, la fastidieuse fête expiatoire depuis février et mars, le cannibalisme de la contre-révolution elle-même convaincront les peuples que, pour abréger, pour simplifier, pour concentrer l’agonie meurtrière de la vieille société et les souffrances sanglantes de l’enfantement de la nouvelle, il existe un seul moyen – le terrorisme révolutionnaire. » (Marx, N° 136 du 7 novembre 1848 de la Nouvelle Gazette rhénane, « Victoire de la contre-révolution à Vienne ».) Lien : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1848/11/km18481107.htm

« Nous n’avons pas l’habitude de prendre des ménagements, nous n’en réclamons pas de votre part. Quand ce sera notre tour, nous n’embellirons pas le terrorisme. Mais les terroristes royalistes, les terroristes de droit divin et juridique sont en pratique brutaux, méprisables, vulgaires, et en théorie, lâches, dissimulés, fourbes, et dans les deux cas, sans honneur. » (Marx, La Nouvelle Gazette Rhénane [1849]). Lien : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1849/05/km18490519.htm

« Le groupuscule terroriste d’origine, né des mirages de ses militants sur les possibilités de concevoir une offensive stratégique efficace, change de stratèges et ne devient rien d’autre qu’un appendice défensif de l’État, qui le manœuvre avec la plus grande agilité et la plus grande désinvolture, selon les nécessités du moment, ou selon ce qu’il croit que sont ses nécessités. » (Gianfranco Sanguinetti, Du Terrorisme et de l’État, 1979)

« C’est à ce degré de l’analyse que l’on est fondé à évoquer une politique « spectaculaire » du terrorisme, et non, comme le répète vulgairement la finesse subalterne de tant de journalistes ou professeurs, parce que des terroristes sont quelquefois mus par le désir de faire parler d’eux. » (Guy Debord, Préface à la quatrième édition italienne de « La Société du Spectacle »)

« Avec la présence des immigrés (qui a déjà servi à certains syndicalistes susceptibles de dénoncer comme « guerres de religions » certaines grèves ouvrières qu’ils n’avaient pu contrôler), on peut être assurés que les pouvoirs existants vont favoriser le développement en grandeur réelle des petites expériences d’affrontements que nous avons vu mises en scène à travers des « terroristes » réels ou faux, ou des supporters d’équipes de football rivales (pas seulement des supporters anglais). » (Guy Debord, Notes sur la « la question des immigrés » [1985])

« Face au terrorisme, les luttes des classes et les grèves deviennent autant d’actes d’insubordination, que l’on peut mater sur le champ, sans d’autres formalités, et ainsi aisément imposer une sorte de paix sociale, une paix armée – d’accord – mais armée d’un seul côté. Grâce au terrorisme, on peut contraindre quiconque à s’enfermer chez soi, criminaliser toute situation, inculper et condamner arbitrairement toute personne, fouiller où l’on veut et quand on veut, maisons et Internet, tuer à volonté, torturer, assigner à résidence, imposer une censure stricte, sans risque de soulever l’indignation, les critiques, ou l’opposition. Grâce au terrorisme, l’État, et ses bénéficiaires politiques, deviennent comme par enchantement bons, car, après avoir sacrifié une petite portion de la population, ils peuvent s’ériger fièrement et vertueusement en protecteurs de la population restante. Le terrorisme devient ainsi la pierre philosophale enfin trouvée qui sanctifie le pouvoir, édifie les politiciens et blanchit légalement la protection mafieuse des sujets à laquelle tout État aspire. Avec la paix sociale acquise à l’intérieur grâce au terrorisme, l’économie redémarre, ainsi que les profits, et on peut faire de succulentes affaires à l’étranger, en vendant par exemple des avions Rafale, autrement invendables, aux grands bailleurs de fonds pour le terrorisme. Ainsi que le proclama angéliquement et rondement le PDG de Dassault, après l’opération Charlie, « Les astres étant plutôt bien alignés maintenant, on va essayer de pousser l’avantage pour essayer d’avoir un quatrième contrat avant la fin de l’année ». Mais les avantages du terrorisme pour l’économie sont multiples et ils ne s’arrêtent pas là. A l’extérieur, grâce aux armées terroristes mises en place (Boko Haram, al-Quaïda, E.I.), l’Occident remporte grand profit dans le pillage du Tiers Monde. »
(Gianfranco Sanguinetti, De l’utilité du terrorisme considérée par rapport à l’usage qu’on en fait). Lien :
https://blogs.mediapart.fr/lechatetlasouris/blog/081215/de-lutilite-du-terrorisme

« Les plus importants des « Manhattan Projects » de l’avenir seront de vastes enquêtes instituées par le gouvernement, sur ce que les hommes politiques et les hommes de science qui y participeront appelleront le problème du bonheur, – en d’autres termes, le problème consistant à faire aimer aux gens leur servitude. Sans la sécurité économique, l’amour de la servitude n’a aucune possibilité de naître ; j’admets, pour être bref, que le tout-puissant comité exécutif et ses directeurs réussiront à résoudre le problème de la sécurité permanente. Mais la sécurité a tendance à être très rapidement prise comme allant de soi. Sa réalisation est simplement une révolution superficielle, extérieure. L’amour de la servitude ne peut être établi, sinon comme le résultat d’une révolution profonde, personnelle, dans les esprits et les corps humains. Pour effectuer cette révolution, il nous faudra, entre autres, les découvertes et les inventions ci-après. D’abord une technique fortement améliorée et la suggestion – au moyen du conditionnement dans l’enfance, et plus tard, à l’aide de drogues, telles que la scopolamine. Secundo, une science complètement évoluée des différences humaines, permettant aux directeurs gouvernementaux d’assigner à tout individu donné sa place convenable dans la hiérarchie sociale et économique […] Tertio (puisque la réalité, quelque utopienne qu’elle soit, est une chose dont on sent le besoin de s’évader assez fréquemment), un succédané de l’alcool et des autres narcotiques, quelque chose qui soit à la fois nocif et plus dispensateur de plaisir que le genièvre ou l’héroïne. Et quarto (mais ce serait là un projet à longue échéance, qui exigerait, pour être mené à une conclusion satisfaisante, des générations de mainmise totalitaire), un système d’eugénique à toute épreuve, conçu de façon à standardiser le produit humain et à faciliter ainsi la tâche des directeurs. » (Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, préface)

« Et si on peut parler de justice de classe ce n’est pas seulement parce que la loi elle-même ou la manière de l’appliquer servent les intérêts d’une classe, c’est que toute la gestion différentielle des illégalismes par l’intermédiaire de la pénalité fait partie de ces mécanismes de domination. » (Michel Foucault, Surveiller et punir)

« Si toutes les sociétés, primitives ou évoluées, possèdent nécessairement des structures d’autorité, la nôtre présente la caractéristique supplémentaire d’inculquer à ses membres l’habitude de se soumettre à des autorités impersonnelles. Le degré d’obéissance n’est probablement pas moindre chez un Achanti que chez un ouvrier d’usine américain, mais alors que tous les représentants de l’autorité sont personnellement connus de l’indigène, le monde industriel moderne contraint les individus à se soumettre à des entités impersonnelles, à une autorité abstraite symbolisée par des insignes, un uniforme ou un titre. Dans ses rapports avec l’autorité, l’individu se trouve perpétuellement confronté avec une structure de récompenses : la docilité lui vaut généralement une faveur quelconque alors que la rébellion entraîne le plus souvent un châtiment. Parmi les nombreuses formes de récompense décernées à la soumission inconditionnelle, la plus ingénieuse reste celle qui consiste à placer l’individu dans une niche de la structure dont il fait partie. Elle offre en effet le double avantage de motiver le comportement du premier et de perpétuer la seconde. Cette forme de récompense, « la promotion », est ressentie avec une profonde satisfaction par le bénéficiaire, mais elle a pour principal mérite d’assurer la continuité de la hiérarchie. Le résultat net de ce mode d’organisation est l’intériorisation de l’ordre social. Autrement dit, l’individu adopte pour son compte personnel l’ensemble des axiomes qui régissent la vie collective, le principal étant : « Faites ce que votre supérieur vous dit. » De même que nous assimilons les règles de la grammaire et que nous pouvons ainsi comprendre et prononcer de nouvelles phrases, de même nous faisons nôtres des préceptes de la vie sociale qui nous permettent de satisfaire aux exigences de la communauté dans des situations diverses. De tout l’éventail de ces règles, celle qui requiert la soumission à l’autorité occupe assurément la place privilégiée. »
(Stanley Milgram, Soumission à l’autorité
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« La démocratie est une contradiction dans les termes, un mensonge, et, au fond, une pure hypocrisie […] La liberté politique est un simulacre et le pire esclavage possible; cette liberté fictive est le pire asservissement. Il en va de même de l’égalité politique : c’est pourquoi, il faudra réduire en pièces la démocratie aussi bien que n’importe quelle autre forme de gouvernement. » (Engels, Progrès de la réforme sociale sur le continent)

« L’idéologie positiviste du progrès, propre à la social-démocratie et plus généralement à l’ensemble du gauchisme bourgeois, conduit toujours à appuyer les progrès capitalistes. (…) Dans la nuit du 13 au 14 février 1945, plus de 1.000 bombardiers anglais vont semer la terreur. Le lendemain, 450 forteresses volantes américaines prennent ensuite le relais en déversant encore 771 tonnes de bombes incendiaires, dont un grand nombre sont à retardement. […] Ces bombes, en n’explosant que plusieurs heures après le passage des avions, vont tuer non seulement ceux qui tentent d’éteindre l’incendie, mais tous les imprudents fuyant la ville en flamme. Le bilan de ce qui a été sans conteste l’une des plus hautes expressions de la Civilisation et du Progrès dépasse le chiffre des 250.000 morts, presque tous des civils, sans parler des dizaines de milliers de blessés : brulés, agonisants, estropiés, fous… […] L’alliance antifasciste n’a décidément rien à envier à la coalition fasciste en ce qui concerne le raffinement avec lequel ils assurent la survie de cette civilisation moribonde. En 18 mois de bombardements, 45 des 60 principales villes allemandes ont été complètement détruites, rasées, écrasées. Au bas mot, plus de 650.000 prolétaires. en majorité des civils, vont périr au cours de ces raids de terreur. Ne parlons même pas de ceux qui, ayant échappé à cet enfer, vont peupler le restant de leur vie les hôpitaux et les asiles de fous. C’est véritablement sur des monceaux de cadavres que la victoire du camp antifasciste va être célébrée le 8 mai 1945. » (Le Communiste, décembre 1995)