Sortir définitivement…

… des télécrans et du « prêt à penser » youtubique-spectaculaire-dogmatique des slogans de la fausse conscience idéologique (marxiste) triomphante…

Cercle Marx – 21/03/2021

« Je suppose naturellement des lecteurs qui veulent apprendre quelque chose de neuf et par conséquent aussi penser par eux-mêmes (…) Tout jugement inspiré par une critique vraiment scientifique est pour moi le bienvenu. » (Marx, Le Capital, livre I, préface)

« Le remplacement d’une orthodoxie par une autre n’est pas nécessairement un progrès. Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment. » (Orwell, Écrits politiques)

« Vouloir résoudre tous les problèmes et apporter des réponses à toutes les questions, ce serait une impudente fanfaronnade et une immodestie si extravagante que, de manière inévitable, l’on en perdrait aussitôt tout crédit. » (Kant, Critique de la raison pure)

« (…) les sectes formées par leurs disciples sont toujours réactionnaires, car ils maintiennent les vieilles idées de leurs maîtres en face de l’évolution historique du prolétariat. » (Marx & Engels, Manifeste Communiste, 1848)

« Ils sont atteints de crétinisme parlementaire au point de se figurer qu’ils sont au-dessus de toute critique et de condamner la critique comme un crime de lèse-majesté ! » (Marx à propos des chefs du parti social-démocrate allemand)

« La première phase dans la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie est marquée par le mouvement sectaire. Il a sa raison d’être à une époque où le prolétariat n’est pas encore assez développé pour agir comme classe. Des penseurs individuels font la critique des antagonismes sociaux, et en donnent des solutions fantastiques que la masse des ouvriers n’a qu’à accepter, à propager, à mettre en pratique. Par leur nature même, les sectes formées par ces initiateurs sont abstentionnistes, étrangères à toute action réelle, à la politique, aux grèves, aux coalitions, en un mot à tout mouvement d’ensemble. » (Marx, Prétendues scissions dans l’Internationale)

 « Et l’histoire de l’Internationale a été une lutte continuelle du Conseil général contre les sectes et les tentatives d’amateurs, qui tentèrent toujours de se maintenir contre le mouvement réel de la classe ouvrière au sein de l’Internationale elle-même. » (Marx à Bolte, 23 novembre 1871)

« On ne combat pas l’aliénation par des moyens aliénés. » (La dialectique peut-elle casser des briques ?)

« Il y a les « crisards », les faiblards, qui sont toujours en quête d’un point ferme et qui se jettent sur la première idée venue qui leur semble pouvoir incarner un idéal, et ils s’en nourrissent tant que dure l’effort pour s’en emparer. Quand ils sont au bout de leur effort, et qu’ils s’aperçoivent (mais c’est là, au fond, l’effet de leur faiblesse intellectuelle, et de leur manque de finesse) qu’elle ne suffit pas à tout, et qu’il y a des problèmes dont la solution (si jamais elle existe) se trouve en dehors de cette idéologie (mais peut-être se trouve-t-elle articulée à elle sur un plan supérieur), ils se jettent sur quelque chose d’autre qui peut leur apparaître comme une vérité, qui représente encore une inconnue et qui offre donc de nouvelles chances de satisfaction. » (Gramsci, Pourquoi je hais l’indifférence)

« Mais l’ambition la plus haute du spectaculaire intégré, c’est encore que les agents secrets deviennent des révolutionnaires, et que les révolutionnaires deviennent des agents secrets. » (Guy Debord, Commentaires sur la société du Spectacle)

« Le spectacle, comme organisation sociale présente de la paralysie de l’histoire et de la mémoire, de l’abandon de l’histoire qui s’érige sur la base du temps historique, est la fausse conscience du temps. » (Debord, La société du Spectacle)

« Cette structure se montre sous les traits les plus grotesques dans le journalisme, où la subjectivité elle-même, le savoir, le tempérament, la faculté d’expression, deviennent un mécanisme abstrait, indépendant tant de la personnalité du « propriétaire » que de l’essence matérielle et concrète des sujets traités, mis en mouvement selon des lois propres. L’« absence de conviction » des journalistes, la prostitution de leurs expériences et de leurs convictions personnelles ne peut se comprendre que comme le point culminant de la réification capitaliste. » (Lukàcs, Histoire et conscience de classe)

« Il est clair que si l’on admet l’accumulation sans limite du Capital, on a aussi prouvé sa viabilité sans limites… Si le mode de production capitaliste est en état d’assurer sans limites l’accroissement des forces de production, le progrès économique, alors il est invincible. » (Rosa Luxembourg, L’Accumulation du Capital).

« Il coulera encore de l’eau sous les ponts avant que la baisse du taux de profit ne provoque l’effondrement du capitalisme. » (Rosa Luxembourg, Critique des critiques)

« Il faut relever une parole que Marx a su affirmer contre son temps : les propriétaires actuels de la pensée marxiste plus ou moins dégradée (révisée en régression) ressemblent aux Hébreux errant dans le désert ; il leur faudra disparaître pour faire place à une autre génération digne d’entrer dans la terre promise de la nouvelle praxis révolutionnaire. » (Guy Debord, Aux poubelles de l’Histoire !)

« On apprend toujours quelque chose de son adversaire. Il faut croire que les gens de l’État ont été amenés, eux aussi, à lire les remarques du jeune Lukàcs sur les concepts de légalité et d’illégalité ; au moment où ils ont eu à traiter le passage éphémère d’une nouvelle génération du négatif — Homère a dit qu’« une génération d’hommes passe aussi vite qu’une génération de feuilles ». Les gens de l’État, dès lors, ont pu cesser comme nous de s’embarrasser de n’importe quelle sorte d’idéologie sur cette question ; et il est vrai que les pratiques de la société spectaculaire ne favorisaient plus du tout des illusions idéologiques de ce genre. À propos de nous tous finalement, on pourra conclure que ce qui nous a empêché souvent de nous enfermer dans une seule activité illégale, c’est que nous en avons eu plusieurs. » (Debord, Commentaires sur la société du Spectacle)

« Le spectacle est la reconstruction matérielle de l’illusion religieuse. La technique spectaculaire n’a pas dissipé les nuages religieux où les hommes avaient placé leurs propres pouvoirs détachés d’eux : elle les a seulement reliés à une base terrestre. Ainsi c’est la vie la plus terrestre qui devient opaque et irrespirable. Elle ne rejette plus dans le ciel, mais elle héberge chez elle sa récusation absolue, son fallacieux paradis. Le spectacle est la réalisation technique de l’exil des pouvoirs humains dans un au-delà ; la scission achevée à l’intérieur de l’homme. » (Debord, La société du Spectacle)

« Son esprit s’échappa vers le labyrinthe de la double-pensée. Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité.» (Orwell, 1984)

« En revanche, dans le Capital porteur d’intérêts le fétichisme atteint sa forme parfaite. C’est le Capital achevé – qui est unité du procès de production et du procès de circulation – et qui, par conséquent, rapporte un profit déterminé pour un laps de temps déterminé. Sous la forme du Capital porteur d’intérêts ne subsiste que cette détermination, sans la médiation du procès de production et du procès de circulation. Dans la notion de Capital et de profit, il y a encore le souvenir de ce qu’il a été dans le passé, bien que du fait de la différence existant entre profit et plus-valeur, du fait de l’uniformité du profit de tous les capitaux – le taux général de profit – le Capital soit déjà très obscurci et devienne quelque chose d’obscur, un mystère (…) Dans le Capital porteur d’intérêts ce fétichisme automatique est parachevé : c’est la valeur qui se valorise elle-même, l’argent qui fait de l’argent et, sous cette forme, il ne porte plus la moindre cicatrice révélant sa naissance. Le rapport social a atteint sa forme parfaite de rapport de la chose (argent, marchandise) à elle-même. » (Marx, Théories sur la plus-value)

« Aussi longtemps que le Capital est faible, il s’appuie simplement sur des béquilles prises dans les modes de production passés ou en voie de disparition à la suite de son développement. Sitôt qu’il se sent fort, il rejette ces béquilles et se meut conformément à ses propres lois. Enfin, lorsqu’il commence à sentir et à savoir qu’il devient lui-même une entrave, il cherche refuge dans des formes qui, tout en parachevant la domination du Capital, brident la libre concurrence et annoncent la dissolution du mode de production fondé sur le Capital. » (Marx, Grundrisse)

« La secte ne trouve pas sa raison d’être et son point d’honneur dans ce qu’elle a de commun avec le mouvement de classe, mais dans un signe particulier qui la distingue de ce mouvement… » (Marx à Schweitzer, 13 octobre 1868)

« Si Nietzsche a publié Ecce homo, par crainte d’être un jour canonisé par des disciples qu’il ne souhaitait point, pareille précaution ne s’imposait pas dans le cas de Marx, bien que celui-ci n’ait pu rédiger et publier qu’un fragment de l’œuvre projetée. » (Maximilien Rubel, Marx critique du marxisme, p.23)

« L’éthique marxienne se caractérise négativement par son amoralisme, et positivement par sa démarche essentiellement pragmatique. Elle rejoint, à travers Feuerbach, la pensée éthique du plus grand amoraliste qui fût : Spinoza. Comme L’Éthique de ce dernier, elle est un message d’existence et non de spéculation. Comme Spinoza, Marx fait entrer l’homme dans le règne éternel de l’infinie nature et lui assigne pour idéal de perfection la réalisation de sa totalité humaine – mais là s’arrête l’analogie, dont la poursuite aboutirait au paradoxe. On peut cependant reporter sur Marx l’étonnant aveu que Nietzsche fit un jour, lorsqu’il se découvrit disciple de Spinoza (Nietzsche à Overbeck, 30 juillet 1881) : « Je suis tout à fait surpris, tout à fait ravi ! J’ai un prédécesseur – et de quelle envergure ! – Je ne connaissais pas Spinoza, ou presque : l’avoir recherché maintenant, c’était un acte de l’instinct. Non seulement sa tendance générale est identique à la mienne – faire de la connaissance la passion la plus puissante ; je me retrouve dans cinq points essentiels de sa doctrine, ce penseur le plus extraordinaire et le plus solitaire me rejoint principalement en ceci : il nie la liberté de la volonté ; la finalité ; l’ordonnance morale de l’univers ; le non-égoïsme ; le mal. Sans doute, les différences sont énormes, mais elles sont dues surtout à l’époque, à la culture et à la science différentes. » (Maximilien Rubel, Sociologie critique, introduction)

« Pour citer un dernier épisode, rappelons qu’en 1872 Marx fit exclure Bakounine de l’Internationale, convaincu que l’anarchiste voulait la transformer en une société de conspirateurs dont il aurait été le maître absolu. La société secrète bakounienienne visait à la « reconstitution de tous les éléments de l’État autoritaire sous le nom de communes révolutionnaires (…) l’organe exécutif est un état-major révolutionnaire formé par une minorité (…) l’unité de pensée et d’action ne signifie rien d’autre qu’orthodoxie et obéissance aveugle. Perinde ac cadaver. Nous sommes en pleine compagnie de Jésus. » (L’Alliance de la démocratie socialiste et l’A.I.T, 1873, cité par Maximilien Rubel, Marx critique du marxisme, p.179)

« Une phrase de Friedrich Engels (F. Engels : Avant-propos à la quatrième édition du Manifeste Communiste, 1er mai 1890), qui condense toute l’éthique prolétarienne, doit servir de modèle à son action, à sa praxis spirituelle et éducative et inspirer l’éthique socialiste de la période de transition : « Pour le triomphe final des principes établis dans le Manifeste communiste, Marx misait uniquement et exclusivement sur le développement intellectuel de la classe ouvrière, tel qu’il devrait résulter nécessairement de l’action solidaire et de la discussion. » » (Maximilien Rubel, Marx critique du marxisme, p.145)

« Or, même quand quelqu’un a raison, il a besoin de la dialectique pour défendre et maintenir sa position. Il lui faut connaître les stratagèmes malhonnêtes afin de savoir comment leur faire face, voire même en faire usage lui-même afin de frapper son adversaire avec ses propres armes (…) La science de la dialectique, en un sens du terme, a pour principal but d’établir et analyser les stratagèmes malhonnêtes afin qu’ils puissent être immédiatement identifiés dans un débat réel, et écartés. C’est pourquoi la dialectique doit faire de la victoire son véritable but, et pas la vérité. » (Schopenhauer, L’art d’avoir toujours raison)

« Tout ce qu’on nomme la science pure, c’est-à-dire le jeu des systèmes et des hypothèses, des explications et des théories, tout cela est plein, est bondé, est bourré des plus anciennes mythologies physiques et métaphysiques. » (Charles Péguy, Cahiers de la Quinzaine).

« Chaque question est une jouissance, toute réponse déperdition. » (Heidegger, Cahiers noirs)

« Même les communistes ont une religion… » (Heidegger, entretien télévisé de septembre 1969)

En réponse à certains mails angoissés (beaucoup angoissent de ne pas avoir de réponses sans comprendre que ce sont les questions qui sont justement les plus importantes) : tout ce que certains idéologues/collectifs marxistes-sectaires-spectaculaires (qu’on connaît hélas malheureusement très bien) martèlent sur youtube avec dogmatisme et surdité sans aucune problématisation et sans aucun sens de la nuance est au grand minimum discutable, au pire carrément faux et au service du Capital et de la réification marchande des intelligences…

Si l’actuelle société du Spectacle empoisonne et falsifie tout, elle étend aussi son pouvoir de falsification à youtube et à tous les canaux internet présentés comme « dissidents » ou « critiques ». Toute organisation « dissidente » ou « communiste-critique », une fois une certaine taille atteinte, est structurellement condamnée à être absorbée par le système qu’elle prétend spectaculairement combattre, ce qu’on voit merveilleusement bien avec certains groupes marxistes sectaires qui accomplissent youtubiquement la réification marchande et la logique spectaculaire de destruction des intelligences…

Tu dois être beaucoup plus intelligent que la médiocrité des télécrans du « prêt à penser » de fausseté structurelle : il faut lire, réfléchir par soi-même, douter, problématiser, interroger ses présupposés, se poser des questions, aller en bibliothèque, plancher sur des bouquins, repérer des problèmes et ne jamais se contenter des prétendues « solutions » ou des prétendues « réponses » martelées par certains avatars spectaculaires sur les télécrans youtubiques orwelliens…

Il faut ainsi absolument sortir des vidéos du spectaculaire intégré, il faut sortir des « télécrans » en jetant méthodologiquement le discrédit sur tout ce qui relève de la représentation spectaculaire youtubique, y compris (et surtout) lorsque celle-ci prétend se réclamer de Marx et de la critique du Capital…

La fausseté des vidéos youtube des canaux « dissidents » ou « communistes critiques » est structurellement identique à la fausseté structurelle des télécrans des médias mainstream, tu dois absolument « sortir » des « vidéos youtube » pour espérer (peut-être) sortir de la fausse conscience idéologique…

En prenant de la hauteur avec intelligence et distance critique tu dois méthodologiquement réaliser qu’il n’y a que des problèmes dans l’œuvre de Marx et certainement pas des « solutions » toutes « prêtes à l’emploi », des « réponses » définitivement « tranchées » ou des « vérités révélées » (en inversion complète du discours de certains groupes sectaires omniprésents sur le youtubisme spectaculaire de la fausse conscience accomplie)…

La destruction marchande des intelligences est aussi dans le « Consomme [de la critique radicale] et tais-toi » martelé dans le youtubisme faussement critique du spectaculaire intégré. Comme le disait Orwell, le véritable ennemi est dans la réduction de l’esprit à l’état de gramophone (réduction chosifiante orwellienne des intelligences que certains marxistes sectaires omniprésents sur le youtubisme de la fausse conscience accomplissent spectaculairement avec perfection) :

« Le remplacement d’une orthodoxie par une autre n’est pas nécessairement un progrès. Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment. » (Orwell, Écrits politiques)

Tu dois ainsi lire et réfléchir, repérer des problèmes et ne surtout pas « gober » ce que d’autres répètent dogmatiquement en boucle sur youtube, fais marcher ton esprit critique avec intelligence et ne te laisse pas lobotomiser le cerveau bon sang !

Quelques points (parmi d’autres) :

1) Être « fidèle » à Marx c’est douter, problématiser, interroger ses présupposés, se questionner, se cultiver, lire et réfléchir. Rien n’est plus étranger à Marx que la condamnation de la lecture (qui n’est en rien incompatible avec une activité révolutionnaire) et l’interdiction dogmatique du libre jeu des idées. Le Marx réel est la négation complète de certains faux critiques de la valeur et du marxisme sectaire de plusieurs « paumés » de youtube :

« Ma devise préférée : il faut douter de tout… Mon activité favorite : bouquinerMon poète préféré : Dante, Eschyle, Shakespeare, Goethe… Mon prosateur préféré : Diderot, Lessing, Hegel, Balzac… Mon dicton préféré : Nihil humani a me alienum puto !» (Marx, Confession, brochure des éditions Spartacus, 1969)

« A la suite de cette agitation, la Ligue [Jeune Allemagne] fut dissoute par le gouvernement qui en expulsa les principaux membres. Elle se transforma alors en club de lecture et de chant et put poursuivre sous cette forme une activité révolutionnaire clandestine. » (Auguste Cornu, Karl Marx et Friedrich Engels : leur vie et leur œuvre. Paris, Presses Universitaires de France, 1955, t. I, p. 30.)

« Pour le triomphe final des principes établis dans le Manifeste communiste, Marx misait uniquement et exclusivement sur le développement intellectuel de la classe ouvrière, tel qu’il devrait résulter nécessairement de l’action solidaire et de la discussion. » (F. Engels : Avant-propos à la quatrième édition du Manifeste Communiste, 1er mai 1890)

2) Dire sans aucune nuance que Marx n’a « absolument rien à voir » avec le capitalisme d’État est à strictement parler complètement faux. Comme le reconnait Maximilien Rubel (qui a pourtant écrit l’excellent « Marx critique du marxisme »), Marx a bien envisagé le capitalisme d’État comme mesure de transition vers le communisme dans plusieurs textes. La question des médiations vers le communisme est un énorme problème théorique et pratique chez Marx (et la « Critique du programme de Gotha », loin d’apporter toutes les « réponses », constitue l’un des textes les plus problématiques de Marx) :

« Ce texte [https://www.marxists.org/francais/marx/works/1848/03/km18480300.html] est un de ceux où Marx accepte de considérer le capitalisme d’État comme une étape vers le socialisme sans Étatet sans capital, bien entendu. Après la commune de Paris, cette façon de concevoir la transition change complètement. » (Maximilien Rubel, Pléiade [tome I], p.1727)

« Marx a élaboré les 17 points du programme du (futur) Parti communiste allemand à Paris à la fin de mars 1848, quelques jours avant de partir en Allemagne dans les premiers jours d’avril. Il mêle des revendications démocratiques (« L’Allemagne entière est déclarée république une et indivisible (…). Séparation de l’Église et de l’État » ) et des mesures sociales qui portent atteinte à la propriété privée (« le remplacement de toutes les banques privées par une banque d’État – première mesure que prendront les bolcheviks en décembre 1917) ou la nationalisation de tous les moyens de transport. » (Cahiers du mouvement ouvrier n°29, février 2006)

3) Parler systématiquement et sans aucune nuance d’« abolition de l’État » est là aussi très discutable. Engels s’insurge explicitement contre cette idée d’une « abolition de l’État » [https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm] et préfère parler « d’extinction » (ce qui n’est pas exactement la même chose) :

« Quand il [l’État] finit par devenir effectivement le représentant de toute la société, il se rend lui-même superflu. Dès qu’il n’y a plus de classe sociale à tenir dans l’oppression; dès que, avec la domination de classe et la lutte pour l’existence individuelle motivée par l’anarchie antérieure de la production, sont éliminés également les collisions et les excès qui en résultent, il n’y a plus rien à réprimer qui rende nécessaire un pouvoir de répression, un État. Le premier acte dans lequel l’État apparaît réellement comme représentant de toute la société, – la prise de possession des moyens de production au nom de la société, – est en même temps son dernier acte propre en tant qu’État. L’intervention d’un pouvoir d’État dans des rapports sociaux devient superflue dans un domaine après l’autre, et entre alors naturellement en sommeil. Le gouvernement des personnes fait place à l’administration des choses et à la direction des opérations de production. L’État n’est pas “ aboli ”, il s’éteint. Voilà qui permet de juger la phrase creuse sur l’ “ État populaire libre ”, tant du point de vue de sa justification temporaire comme moyen d’agitation que du point de vue de son insuffisance définitive comme idée scientifique; de juger également la revendication de ceux qu’on appelle les anarchistes, d’après laquelle l’État doit être aboli du jour au lendemain. » (Engels, Anti-Dühring)

4) Présenter sans aucune nuance le communisme comme étant « la communauté absolue des biens » et laisser entendre que le communisme abolirait toute forme de propriété et de pouvoir est également très discutable (pour ne pas dire carrément faux). Marx et Engels laissent clairement entendre dans le Manifeste que le communisme n’est pas l’abolition de toute forme de propriété et de pouvoir, en le communisme subsisterait une forme d’appropriation et de « pouvoir public ». Si d’autres textes du corpus de Marx semblent entrer en contradiction avec cette perspective (comme dans les « Manuscrits de 1844 ») il faut justement les mettre en confrontation et problématiser :

« Le communisme n’enlève à personne le pouvoir de s’approprier des produits sociaux; il n’ôte que le pouvoir d’asservir à l’aide de cette appropriation le travail d’autrui. (…) Les antagonismes des classes une fois disparus dans le cours du développement, toute la production étant concentrée dans les mains des individus associés, alors le pouvoir public perd son caractère politique. Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre. » (Marx et Engels, Manifeste Communiste)

5) Présenter depuis Marx la baisse tendancielle du taux de profit et la « crise terminale » comme des absolus métaphysiques indépassables c’est passer complètement sous silence certains textes du livre III et du livre IV du Capital où Marx laisse clairement entendre que le Capital deviendrait une forme réifiée indépendante du procès de production, faisant ainsi de la baisse tendancielle du taux de profit et de « la crise terminale » des problématiques potentiellement complètement obsolètes (ce que montrent bien les travaux d’Invariance). Le Capital ne serait plus structurellement « obligé » d’opérer un détour par la sphère strictement productive puisqu’il abolirait (au terme de son échappement) l’ancienne dépendance au procès de production. Avec le Capital fictif (ou « porteur d’intérêts »), le Capital réussirait ainsi à atteindre une forme autonomisée qui dépasserait la contradiction valorisation/dévalorisation (considérée dogmatiquement par certains comme « indépassable »). Là encore, les choses sont très loin d’être aussi simples et aussi « tranchées » que ce que certains « paumés » du crétinisme marxiste non-universitaire martèlent avec surdité sans aucun sens de la problématisation et de la nuance en regardant leur triste nombril autocentré sur le youtubisme de la fausse conscience (voir notre article consacré entièrement à cette question avec les précieux PDF d’Invariance : https://cerclemarx.com/au-dela/) :

« Sous la forme du Capital porteur d’intérêts ne subsiste que cette détermination, sans la médiation du procès de production et du procès de circulation. Dans la notion de Capital et de profit, il y a encore le souvenir de ce qu’il a été dans le passé, bien que du fait de la différence existant entre profit et plus-valeur, du fait de l’uniformité du profit de tous les capitaux – le taux général de profit – le Capital soit déjà très obscurci et devienne quelque chose d’obscur, un mystère (…) Dans le Capital porteur d’intérêts ce fétichisme automatique est parachevé : c’est la valeur qui se valorise elle-même, l’argent qui fait de l’argent et, sous cette forme, il ne porte plus la moindre cicatrice révélant sa naissance. Le rapport social a atteint sa forme parfaite de rapport de la chose (argent, marchandise) à elle-même. Au lieu de la transformation réelle de l’argent en capital, c’est une forme sans contenu qui apparaît ici. » (Marx, Le Capital, livre III + Théories sur la plus-value)

« Si dans la configuration (Gestalt) finale qui est celle où le profit – en tant que supposé donné – apparaît dans la production capitaliste, les nombreuses métamorphoses, médiations qu’il subit sont effacées et rendues méconnaissables (unerkennbar), la nature du Capital subit en conséquence le même sort ; si cette configuration devient encore plus fixée parce que le même procès, qui lui donne le dernier fini (finish), lui pose en face une partie du profit sous forme de rente, et fait donc de celui-ci une forme particulière de la plus-valeur qui, comme la rente l’est à la terre, est rapportée tout à fait de la même façon au Capital en tant qu’instrument de production doté d’une spécificité matérielle, cette forme concrète séparée de son être profond par une quantité de chaînons intermédiaires invisibles, revêt une forme encore plus extériorisée (veräusserlichte), οu plutôt la forme de l’extériorisation (Verausserlichung) absolue dans le Capital porteur d’intérêts, dans la séparation entre profit et intérêt, dans le Capital porteur d’intérêts considéré en tant que forme (Gestalt) simple du Capital, la forme (Gestalt) où le Capital est présupposé à son propre procès de reproduction. D’une part, on trouve là l’expression de la forme absolue du Capital : Α – Α’. Valeur se valorisant elle-même. D’autre part, le terme moyen Μ, dans M -Α – Μ – Α’, qui existe encore, même dans le Capital commercial pur, a disparu. C’est uniquement le rapport de Α à lui-même, et mesuré par rapport à lui-même. C’est le Capital expressément extrait, séparé, en dehors du procès – en tant que présupposition du procès, dont il est le résultat et dans lequel, et grâce auquel seulement, il est du Capital. » (Marx, Théories sur la plus-value)

 » (…) le Capital acquiert de plus en plus une forme réifiée (sachliche), d’un rapport il devient toujours plus une chose, mais une chose qui a le rapport social dans le corps, qui l’a avalé, une chose se rapportant à elle-même avec une vie fictive et une autonomie, un être sensible suprasensible… » (Marx, Le Capital, livre IV)

« Les théoriciens marxistes des crises ne dépassent pas en fait la façon de voir de Sismondi, ils tendent trop en effet à démontrer le caractère borné de la production capitaliste et tentent de produire la démonstration de la chute quasi-mathématique du Capital, tels Rosa Luxembourg, Lénine, Trotsky, Sartre, etc. La théorie de l’impérialisme, stade suprême, pose l’alternative : la révolution sociale ou la décadence du Capital. Le développement chaotique du Capital n’entraîne pas nécessairement sa fin catastrophique car sa tendance « universelle » contient en fait la possibilité de son propre dépassement, l’intériorisation de ses limites (…) Ceci ne nie évidemment pas que le maintien du mode de production capitaliste soit gros d’une catastrophe insurmontable : la destruction de la vie à la surface du globe. Le Capital peut échapper à son propre devenir catastrophique, mais il crée par là-même les conditions d’un anéantissement humain (…) Tous les théoriciens du marxisme ont jusqu’à ce jour développé soit le thème de l’équilibre évident du système à plus ou moins longue échéance soit le thème du déséquilibre obligatoire avec la non moins obligatoire crise finale du capitalisme ; l’une et l’autre thèse ont leur fond de vérité mais toutes deux échouent dans leur tentative. La raison en est que pour eux le Capital ne peut exister que dans une forme réelle et non sous forme de Capital fictif alors même que le Capital fictif peut seul permettre au capital de se développer au-delà de ses limites productives. Mais une telle affirmation comporte une conséquence importante : le Capital peut être en crise sans que cette crise soit une crise de la production et, comme corollaire, ce qui peut apparaître comme une crise de la production n’est plus forcément une crise grave du Capital.(…) Si en effet, le Capital se dépasse en autonomisant sa forme, la dévalorisation est le procès dans lequel sa substance entre en dissolution… » (Invariance, juillet 1972)

Prétendre avec dogmatisme sourd de « futurologue » messianique illuminé que « le capitalisme va nécessairement mourir » pour aboutir inévitablement au « communisme universel » est non seulement un discours métaphysique de religieux (un discours justifié depuis une partie des textes de Marx) mais c’est présupposer qu’il soit encore « en vie » et qu’il ait à « mourir ». En vérité, il se pourrait bien que le Capital soit « déjà mort » et que n’ayons désormais plus affaire qu’à sa forme autonomisée, la forme de l’incrémentation de la valeur (https://cerclemarx.com/au-dela/) :

« Dans le Capital porteur d’intérêts ce fétichisme automatique est parachevé : c’est la valeur qui se valorise elle-même, l’argent qui fait de l’argent et, sous cette forme, il ne porte plus la moindre cicatrice révélant sa naissance. Le rapport social a atteint sa forme parfaite de rapport de la chose (argent, marchandise) à elle-même. » (Marx, Le Capital, livre IV)

Personne ne peut prétendre savoir absolument par avance ce qui va arriver historiquement dans le monde à moins de se prendre pour Dieu, ce qui est une pure folie dogmatique de métaphysicien exalté :

« À vrai dire, je n’ai pas donné à ces questions la réponse que pouvait attendre le désir exalté de savoir qui se manifeste dans le dogmatisme, car il est impossible de satisfaire ce désir autrement que par des tours de magie auxquels je n’entends rien. Au demeurant, n’était-ce pas là l’objet de la destination naturelle de notre raison, et le devoir de la philosophie était de dissiper l’illusion provenant d’un malentendu, fallût-il pour cela réduire à néant une illusion si fort prisée et si choyée. » (Kant, Critique de la raison pure)

6) Le concept de « Parti communiste » chez Marx est traversé de tensions et de contradictions entre des tendances hétérogènes. L’ouvrage « Au-delà du Parti » du collectif Junius le montre très bien. Là encore, il faut problématiser et ne pas se contenter de réponses « toutes prêtes » sur les mauvaises vidéos youtube de certains vieux marxistes « paumés » narcissiques qui aiment s’écouter parler (et qui aiment taper des crises d’hystérie adolescente dans le monde merveilleux et faux de la représentation spectaculaire) :

« Au-delà de la nécessité du Parti, il y a chez Marx une contradiction sur la façon dont se constituera ce Parti en liaison avec le mouvement du prolétariat. Tantôt est affirmé le fait que le Parti doit être une organisation construite préalablement au mouvement, celui-ci n’étant alors que le moyen pour la développer. C’est par exemple ce qui était affirmé dans la lettre de Marx à Boite: «Ces mouvements supposent une certaine organisation préalable en même temps qu’ils sont à leur tour un moyen de développer cette organisation.» (…) Et le plus souvent dans la pratique, Marx en tant que militant, s’est efforcé d’impulser une organisation-Parti avant le mouvement d’ensemble de la classe ouvrière. Cela fut le cas, comme nous l’avons vu plus haut, de la Ligue des Communistes (1847-1852) et surtout de l’Association Internationale des Travailleurs (1864-1872). Ainsi la nécessité politique pour le prolétariat de constituer un Parti pourrait se résumer à la formule «le Parti c’est la classe» puisque, pour Marx, l’organisation préalable doit en se développant représenter les travailleurs dans leur ensemble (Parti de masse). Mais tantôt est affirmé le contraire, à savoir que le Parti est une organisation produite par le mouvement : «Le Parti n’est donc pas une organisation créée artificiellement et arbitrairement. Il naît spontanément du sol de la société moderne.» (Lettre de Marx à Freiligrath, 29 février 1860) (Collectif Junius, Au-delà du parti)

7) Il y a une tension structurelle immense (pour ne pas dire « insoluble ») chez Marx entre les principes dialectiques du matérialisme historique et l’idée d’un communisme qui représenterait le dépassement achevé de toutes les contradictions (voir ici : https://cerclemarx.com/sur-la-fin/ et ici : https://cerclemarx.com/sortir-de-lideologie/). Le livre de Calvez (« La pensée de Karl Marx ») le montre très bien. Le communisme comme « acte » et le communisme comme « fin de l’Histoire » s’excluent réciproquement (et là aussi l’idée d’une « crise terminale » débouchant sur le « communisme universel » constitue un immense problème théorique et pratique). Il y a une contradiction majeure entre le communisme comme « acte » (soumis aux principes du matérialisme historique) et le communisme comme « fin » (en dehors du matérialisme historique) chez Marx. Le communisme comme « fin de l’Histoire » et comme « mouvement réel » est potentiellement un immense sophisme (et toutes les élucubrations youtubiques de certains marxistes « paumés » devenus de grotesques avatars spectaculaires du Capital n’y changeront rien) :

« Le marxiste se trouve ainsi placé dans une alternative et la pensée de Marx dans une contradiction. Ou bien le communisme est un événement dans l’histoire et alors il perd sa souveraine originalité ; nous ne pouvons pas affirmer que nous avons résolu l’énigme de toute histoire (…) Ou bien le communisme est la fin de l’histoire. Mais alors que devient le matérialisme historique ? Que devient la conception selon laquelle l’histoire est mouvement dialectique fondé dans les rapports essentiels qui constituent le réel ? (…) Une option en faveur du premier terme de l’alternative sauve le marxisme de l’utopie, mais ruine ses promesses les plus merveilleuses. Une option en faveur du second terme maintient intacte la grandeur des perspectives ouvertes par Marx, mais contredit le réalisme. De toute manière on ne peut maintenir à la fois les deux termes de l’alternative sans se trouver dans la contradiction où conduit la pensée de Marx sur la place du communisme dans l’histoire. » (Jean-Yves Calvez, La pensée de Karl Marx)

« L’erreur de la dialectique marxiste, c’est de vouloir à la fois un mouvement dialectique indéfini qui traverse une série jamais arrêtée de déterminations successives, et d’autre part une détermination privilégiée qui contiendrait en elle-même l’unité de tout le devenir, la médiation tout entière. Ou bien il n’y a pas d’autres déterminations que celle-là, et alors cette détermination n’est pas une négation, mais elle est une essence positive, pleinement positive, elle est une essence qui existe comme essence, c’est la seule nature ; ou bien cette détermination a rang parmi toutes les négations déterminées qui constituent le réel, elle perd son caractère privilégié, mais alors le communisme n’est pas la « solution de l’énigme de l’histoire ». » (Jean-Yves Calvez, La pensée de Karl Marx)

8) Dire que Lukàcs (dans « Histoire et conscience de classe ») réduit la fausse conscience idéologique à un « constructivisme bourgeois appareillé » (en se contentant de recopier une mauvaise fiche Wikipédia et en étant narcissiquement et youtubiquement intégralement dans le « bluff de lecture ») est non seulement faux mais revient à avouer qu’on n’a jamais lu sérieusement « Histoire et conscience de classe ». Lukàcs montre que la conscience bourgeoise est un produit déterminé par le rapport social de réification, un effet de structure économique, une conséquence de la structure économique et de l’immanence de la réification marchande :

« La barrière qui fait de la conscience de classe de la bourgeoisie une « fausse » conscience est donc objective ; c’est la situation de classe elle-même. C’est la conséquence objective de la structure économique de la société et non quelque chose d’arbitraire, de subjectif ou de psychologique. » (Lukacs, Histoire et conscience de classe)

Se réclamer de Debord et de « La Société du Spectacle » en prétendant jeter le monumental « Histoire et conscience de classe » à la poubelle en quelques coups de langue sur youtube c’est malhonnêtement oublier qu’« Histoire et conscience de classe » est un livre essentiel sans lequel Debord n’aurait jamais écrit « La société du Spectacle », et cela n’a rien à voir avec le fait que Lukàcs ait pu être une crapule d’idéologue stalinien. Prétendre balayer Lukàcs d’un revers de main sur youtube en se réclamant de Debord (tout en ne faisant que reprendre certaines de ses positions en les répétant très maladroitement et très confusément : conscience vraie/conscience fausse, signification de l’idéologie, dialectique de l’histoire, l’universalité du prolétariat, la dépendance de la conscience au rapport social, l’immanence de la réification, le rapport méthodologique à la totalité, etc.) relève d’une imposture totale. Si Lukàcs est critiquable à bien des égards (voir la critique intelligente qu’en fait Janover dans les « Cahiers de Front noir », il faut d’ailleurs aussi lire Heidegger qui aurait écrit le monumental « Etre et Temps » en réponse à Lukàcs) les apports de son travail théorique sont indéniables (contrairement à ce que peuvent prétendre narcissiquement et spectaculairement certains vieux mauvais marxistes « paumés » de youtube) :

« Car ce n’est que comme catégorie universelle de l’être social total que la marchandise peut être comprise dans son essence authentique. Ce n’est que dans ce contexte que la réification surgie du rapport marchand acquiert une signification décisive, tant pour l’évolution objective de la société que pour l’attitude des hommes à son égard, pour la soumission de leur conscience aux formes dans lesquelles cette réification s’exprime, pour les tentatives faites pour comprendre ce processus ou pour se dresser contre ses effets destructeurs, pour se libérer de la servitude de la « seconde nature » ainsi surgie. » (Lukàcs, Histoire et conscience de classe [cité par Debord dans La société du Spectacle])

« Quand Luckàcs, en 1923, montrait dans cette forme la médiation enfin trouvée entre la théorie et la pratique, où les prolétaires cessent d’être « des spectateurs » des événements survenus dans leur organisation, mais les ont consciemment choisis et vécus, il décrivait comme mérites effectifs du parti bolchevik tout ce que le parti bolchevik n’était pas. Lukàcs était encore, à côté de son profond travail théorique, un idéologue, parlant au nom du pouvoir le plus vulgairement extérieur au mouvement prolétarien, en croyant et en faisant croire qu’il se trouvait lui-même, avec sa personnalité totale, dans ce pouvoir comme dans le sien propre. Alors que la suite manifestait de quelle manière ce pouvoir désavoue et supprime ses valets, Lukàcs, se désavouant lui-même sans fin, a fait voir avec une netteté caricaturale à quoi il s’était exactement identifié : au contraire de lui-même, et de ce qu’il avait soutenu dans Histoire et conscience de classe. Lukàcs vérifie au mieux la règle fondamentale qui juge tous les intellectuels de ce siècle : ce qu’ils respectent mesure exactement leur propre réalité méprisable. Lénine n’avait cependant guère flatté ce genre d’illusions sur son activité, lui qui convenait qu’« un parti politique ne peut examiner ses membres pour voir s’il y a des contradictions entre leur philosophie et le programme du parti ». Le parti réel dont Lukàcs avait présenté à contretemps le portrait rêvé n’était cohérent que pour une tâche précise et partielle : saisir le pouvoir dans l’État. » (Debord, La société du Spectacle)

« On apprend toujours quelque chose de son adversaire. Il faut croire que les gens de l’État ont été amenés, eux aussi, à lire les remarques du jeune Lukàcs sur les concepts de légalité et d’illégalité ; au moment où ils ont eu à traiter le passage éphémère d’une nouvelle génération du négatif — Homère a dit qu’« une génération d’hommes passe aussi vite qu’une génération de feuilles ». Les gens de l’État, dès lors, ont pu cesser comme nous de s’embarrasser de n’importe quelle sorte d’idéologie sur cette question ; et il est vrai que les pratiques de la société spectaculaire ne favorisaient plus du tout des illusions idéologiques de ce genre. À propos de nous tous finalement, on pourra conclure que ce qui nous a empêché souvent de nous enfermer dans une seule activité illégale, c’est que nous en avons eu plusieurs. » (Debord, Commentaires sur la société du Spectacle)

« Le livre de Lukàcs dépasse de loin en profondeur, richesse du contenu et capacité à vérifier des propositions générales et apparemment « purement » philosophiques dans des problèmes individuels concrets, tous les ouvrages qui ont jusqu’ici traité des principes philosophiques du marxisme comme un problème spécial. » (J. Revai, « Lukacs, Geschichte und Klassenbewustsein », in Archiv für die Geschichte des Sozialismus und der Arbeiterbewegung, vol. XI, 1925)

9) Reprocher à quelqu’un d’être dans une « conscience surfacière » ou « prisonnière de l’écume des choses » c’est laisser entendre que la conscience de l’individu pourrait être autre chose qu’un simple reflet surfacier-idéologique, or c’est tout ce que « L’Idéologie Allemande » réfute en opposant la représentation à la réalité. Comme l’explique très bien Michel Henry dans son étude monumentale sur Marx, vouloir définir l’individu par sa conscience en lui reprochant de rester « à la surface des choses » c’est soi-même tomber dans l’idéologie :

« Disqualifier l’individu sous prétexte que sa conscience se tient à la surface des choses, est erronée, n’est qu’idéologie, c’est définir l’individu par cette conscience, c’est présupposer un concept idéologique de l’individu. » (Michel Henry, Marx)

10) Marteler youtubiquement avec surdité que « la philosophie est morte » ou « définitivement abolie » ne résout en rien le problème de savoir ce que peut bien signifier « l’abolition de la philosophie » dans l’œuvre de Marx. L’ouvrage de Karl Korsch est précisément consacré à ce riche problème. On n’abolit pas la philosophie en proclamant sur youtube qu’elle est abolie (ce qui dans certains groupes sectaires vient tout simplement signifier une interdiction de réfléchir et de penser, l’accomplissement même de la réification marchande des intelligences) :

« Mais il est aisé de voir qu’on n’a pas encore dépassé la philosophie elle-même lorsqu’on a dépassé son nom. Il faut donc laisser entièrement de côté de telles questions purement terminologiques lors de l’examen fondamental du rapport entre marxisme et philosophie. Il s’agit bien plutôt pour nous de savoir ce que nous devons nous représenter au fond sous l’appellation de dépassement de la philosophie dont Marx et Engels ont parlé surtout dans leur première période, celle des années quarante, mais encore souvent par la suite. Comment ce processus doit-il s’accomplir ou s’est-il déjà accompli ? Par quelles actions ? A quel rythme ? Et pour qui ? Devons-nous nous représenter ce dépassement de la philosophie comme accompli une fois pour toutes, pour ainsi dire uno actu, par un acte cérébral de Marx et Engels, pour les marxistes, pour l’ensemble du prolétariat ou pour toute l’humanité ? Ou bien plutôt (comme pour le dépassement de l’État) comme un processus historique révolutionnaire très long et laborieux qui s’est poursuivi au travers des phases les plus diverses ? Et en dernière instance : quel rapport entretien le marxisme avec la philosophie tant que ce processus historique laborieux n’a pas encore atteint son but définitif, le dépassement de la philosophie ? Si l’on formule ainsi la question du rapport du marxisme et de la philosophie, il apparaît clairement que nous n’avons pas affaire ici à une divagation insensée et immotivée à propos de choses bouclées depuis longtemps, mais à un problème encore aujourd’hui très significatif… » (Karl Korsch, Marxisme et philosophie)

La philosophie bien comprise n’est peut-être pas intégralement réductible chez Marx à de l’idéologie (comme ce qu’il semble défendre dans « L’Idéologie Allemande »), elle est au contraire ce qui peut peut-être protéger de tout risque d’idéologisation du discours et Marx la présente (dans sa critique de Hegel) comme étant au service de l’Histoire tant que persiste l’aliénation. C’est ne rien comprendre à Marx que de marteler sur youtube que « la philosophie est morte » alors même que l’émancipation universelle n’est toujours pas réalisée (et il y a en arrière plan le problème immense de la possibilité d’une « conscience vraie » chez Marx, problème auquel se confronte notamment Lukàcs). Tant que l’émancipation prolétarienne n’est pas accomplie la philosophie conserve une certaine positivité sous la plume de Marx. Là encore, « jeter à la poubelle la philosophie » sur youtube sans aucun sens de la nuance et de la problématisation c’est passer complètement à côté de Marx. L’abolition de la philosophie (son dépassement dialectique par sa réalisation) se confond avec l’abolition des conditions matérielles et sociales d’aliénation, tant qu’il y a aliénation (tant que l’émancipation prolétarienne n’est pas réalisée) il y a nécessité de la philosophie comme critique de l’ordre social existant :

« L’Histoire a donc la mission, une fois que la vie future de la vérité s’est évanouie, d’établir la vérité de la vie présente. Et la première tâche de la philosophie, qui est au service de l’Histoire, consiste, une fois démasquée l’image sainte qui représentait la renonciation de l’homme à lui-même, à démasquer cette renonciation sous ses formes profanes. La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique (…) L’Allemagne qui aime aller au fond des choses ne peut faire de révolution sans tout bouleverser de fond en comble. L’émancipation de l’Allemand, c’est l’émancipation de l’homme. La philosophie est la tête de cette émancipation, le prolétariat en est le cœur. La philosophie ne peut être réalisée sans la suppression/abolition du prolétariat, et le prolétariat ne peut être supprimé/aboli sans la réalisation de la philosophie. Quand toutes les conditions intérieures auront été remplies, le jour de la résurrection allemande sera annoncé par le chant éclatant du coq gaulois. » (Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel)

11) Dire que « la subjectivité c’est de la merde » (en faisant semblant de critiquer youtubiquement le narcissisme) revient (encore ici) à trahir complètement Marx en oubliant l’importance essentielle accordée par Marx à la subjectivité dans les « Thèses sur Feuerbarch » (voir ici : https://cerclemarx.com/la-subjectivite/). Certains vieux gourous marxistes « paumés » de youtube (qui sont capables d’écrire des dizaines de pages de narcissisme jargonneux auto-centré dans une absence totale d’introspection critique humble et réellement sérieuse) feraient mieux de se taire et de retourner à leurs études en arrêtant de façon extrême et radicale pour « les temps derniers » la répétition du même mauvais couplet sur la subjectivité (concept de « subjectivité » auquel ils ne comprennent dans le fond pas grand chose et cela dans un mauvais psychologisme déguisé en critique intelligente) :

« Le grand défaut de tout le matérialisme passé (y compris celui de Feuerbach), c’est que la chose concrète, le réel, le sensible, n’y est saisi que sous la forme de l’objet ou de l’intuition, non comme activité humaine sensible, comme pratique; non pas subjectivement. » (Marx, Thèses sur Feuerbach)

« Ce qu’accomplissent les Thèses sur Feuerbach est maintenant clair pour nous. Sous l’opposition apparente de l’action et de l’intuition, elles mettent à nu leurs structures ontologiques ultimes, les structures dernières de l’être lui-même. En saisissant l’action réelle dans le rejet de la pseudo-action de Hegel, Marx saisit du même coup l’essence de la réalité, il la reconnaît et la définit. L’action est réelle pour autant qu’elle est subjective. La subjectivité est l’essence de la réalité. Réel par conséquent est et sera réputé tel tout ce qui porte en soi cette essence de la subjectivité au sens radical qui vient d’être reconnu, au sens d’une structure exclusive de toute transcendance, où l’être s’éprouve dans l’immédiation d’une présence en vertu de laquelle il est ce qu’il est et ne peut s’arracher à lui-même, se dépasser en quelque sens que ce soit, se représenter ni enfin se comprendre, et cela de façon adéquate ou non. Réel, indifférent à toute représentation qu’on peut s’en faire, indépendant de toute idéologie, le besoin, la faim, la souffrance, le travail aussi et l’action, tout ce qui consiste dans cette épreuve intérieure immédiate et insurmontable de soi. A l’immanence radicale de cette subjectivité qui constitue maintenant pour lui la réalité, Marx a donné le nom qui est le sien, il l’appelle la vie. » (Michel Henry, Marx)

12) Certains clowns marxistes-sectaires du crétinisme non-universitaire du youtubisme de la réification marchande accomplie (dont la seule praxis révolutionnaire incarnée consiste à « promener le chien » tous les jours, cette « radicalité stellaire » qui annoncerait le monde nouveau), en parfaits « Goldstein » du totalitarisme de la société du Spectacle et en mouvement narcissique d’auto-persuasion de leurs propres dogmes religieux jamais interrogés (et cela dans une comique singerie mimétique du jargon universitaire idéologique le plus débile) nous parlent de « Révolution belle et joyeuse » chez Marx. Ces faux révolutionnaires et vrais réactionnaires « paumés », tous unis en une Sainte-Alliance de la destruction marchande youtubique des intelligences et dans une angoisse névrotique bourgeoise de « boomer adolescent-soixante-huitard-attardé » trahissent (là encore) complètement Marx en évacuant totalement le rôle structurel essentiel de la violence dans le processus révolutionnaire. Ces faux révolutionnaires du marxisme bourgeois (complètement spectateurs de la lutte des classes « gilet-jaunienne » qu’ils se contentent de regarder sur « BFM-WC » et à laquelle ils ne participent pas en étant bien installés au chaud dans leur canapé campagnard d’idéalisation ontologique « naïve » d’un « communisme universel » qu’ils proclament youtubiquement dans la projection adolescente de leur propre subjectivité narcissiquement angoissée et en mouvement idéologique d’inversion totale de leurs propres relations familiales complètement désastreuses) ont légèrement oublié que la violence faisait potentiellement de la révolution quelque chose de tout sauf « beau et joyeux » :

« Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. » (Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste)

« La violence est l’accoucheuse de toute vieille société qui est enceinte d’une nouvelle. » (Marx, Le Capital)

13) Certains « paumés » narcissiques du marxisme youtubique-omniscient-métaphysique-hégélien-messianique « gâteux » (qui se prennent pour de véritables « prophètes » ou pour des « secrétaires de Dieu » dans une absence radicale d’humilité quant aux conditions de possibilité du véritable « connaître ») considèrent comme « acquis » et « définitivement tranché » le dépassement théorique de Kant opéré par Hegel sans jamais questionner cette prétention au dépassement (ce qui relève d’un discours complètement dogmatique). Or la critique hégélienne de Kant est lourde de présupposés très lourds, des présupposés qu’il convient justement d’interroger avec intelligence (et le rapport entre Kant et Hegel est beaucoup trop riche et complexe pour être résumé ici). Hegel prétend par exemple qu’il y aurait une sorte de « cercle vicieux » chez Kant (la « Critique de la raison pure » déploierait une « connaissance » des « conditions de possibilité de la connaissance », une position qui serait « absurde » pour Hegel), mais cette critique hégélienne présuppose que le transcendantal soit identique à la connaissance qu’il rend possible, or il se pourrait bien chez Kant que le transcendantal soit en vérité complètement différent de la connaissance qu’il rend possible… Hegel reproche par ailleurs à Kant de se faire une conception instrumentale (et donc fausse) de la connaissance, or en vérité il se pourrait bien que cette conception instrumentale de la connaissance soit complètement étrangère à Kant :

« La représentation que Hegel attribue à la philosophie transcendantale, à savoir que ‘l’absolu se trouve d’un côté, et la connaissance, se trouvant d’un autre côté, pour soi et séparée de l’absolu, est pourtant quelque chose de réel’ – cette représentation relève bien plutôt du propre système de références de Hegel. » (Habermas, Connaissance et intérêt)

A l’inverse de ce que certains ratiocineurs narcissiques hégéliens du youtubisme aliénatoire le plus débile peuvent dire (dans une absence totale de remise en question sourde et têtue et dans la non-lecture radicale des ouvrages qu’on peut pourtant leur offrir), il se pourrait bien que ce soit Hegel avec sa prétention à un « savoir absolu » qui constitue une immense régression métaphysique par rapport à un certain Emmanuel Kant… La dialectique transcendantale de la « Critique de la raison pure » montre (contre Hegel et avant ce dernier) que la prétention à une « connaissance totale » est structurellement impossible. Contre Hegel (et dans une certaine mesure contre Marx ou encore contre Lukàcs qui tente de montrer le caractère bourgeois de la pensée de Kant dans « Histoire et conscience de classe » en réhabilitant la catégorie hégélienne de « totalité »), Kant montre que la prétention à un « savoir absolu » est une illusion métaphysique :

« Vouloir résoudre tous les problèmes et apporter des réponses à toutes les questions, ce serait une impudente fanfaronnade et une immodestie si extravagante que, de manière inévitable, l’on en perdrait aussitôt tout crédit. » (Kant, Critique de la raison pure)

« L’issue de toutes les tentatives dialectiques de la raison pure ne confirme pas seulement ce dont nous faisons déjà la démonstration dans l’Analytique transcendantale, savoir que tous nos raisonnement qui entendent nous conduire au-delà du champ de l’expérience possible sont trompeurs et sans fondement ; mais cette issue nous apprend en même temps ceci de particulier que la raison humaine a en l’occurrence un penchant naturel à outrepasser ces limites, et que des Idées transcendantales lui sont tout aussi naturelles que les catégories peuvent l’être à l’entendement, avec cette différence néanmoins que, là où ces dernières conduisent à la vérité, c’est-à-dire à l’accord de nos concepts avec l’objet, les premières produisent simplement une apparence, mais une apparence irrésistible, dont la puissance d’illusion se peut à peine conjurer par la critique la plus rigoureuse. » (Kant, Critique de la raison pure)

« Il n’y a pas d’expérience de la totalité de l’expérience. » (Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future)

Certains collectifs marxistes-sectaires et leurs gourous (des faux révolutionnaires au service du totalitarisme marchand de la destruction radicale des intelligences et de véritables idéologues faussement critiques qui aiment s’auto-commenter sous pseudonyme sur youtube pour se valoriser mercantilement et narcissiquement) sont en vérité beaucoup plus proches de l’idéalisme de Hegel que de la pensée de Marx. Être « fidèle » à Marx c’est faire preuve d’intelligence et d’anti-dogmatisme réel en questionnant tous les présupposés, y compris (et surtout) les présupposés métaphysiques/ontologiques hégéliens. Être « fidèle » à Marx c’est se débarrasser de toute « mythologie » hégélienne comme par exemple celle du « savoir absolu », c’est sortir du dogmatisme métaphysique de certains pervers narcissiques qui feignent de critiquer le narcissisme sur youtube :

« Le savoir absolu est le thème qui se présente inévitablement à une pensée qui cherche non pas à soustraire la vérité à l’écoulement de l’histoire mais comprend au contraire celle-ci comme la condition même de son avènement. A l’objecticisme radical d’une réflexion qui se donne l’être déployé en sa totalité dans ce déploiement total de lui-même qu’est précisément son Histoire, l’être s’offre justement tel qu’il est, dans sa vérité. Qu’on place comme Hegel cette autorévélation de l’être au terme de son histoire, et que, avec Gramsci, on conçoive l’avènement final d’un règne de la liberté, c’est-à-dire de l’autotransparence, après celui de la nécessité, c’est-à-dire de la détermination extrinsèque, ou qu’on insère ce savoir absolu en un point privilégié de l’Histoire, au moment de la révolution où le prolétariat, dominant passé, présent et avenir, pose dans la vérité de sa prise de conscience radicale le sens universel du développement humain, c’est à des présupposés hégéliens, quand ce n’est pas à une véritable mythologie qu’il est fait secrètement appel. C’est pourquoi aussi l’histoire de la pensée marxiste dans son effort pour résoudre ses propres problèmes n’a plus rien à voir avec celle de Marx, elle parcourt plutôt un chemin inverse, qui va vers l’hégélianisme au lieu de le révoquer.«  (Michel Henry, Marx)

14) L’émancipation prolétarienne est l’ennemie de toute secte marxiste idéologique youtubique qui nie la possibilité de douter avec arguments et intelligence critique de la possibilité de la crise terminale du spectacle de la marchandise et elle sait qu’elle est du côté de la vérité car la recherche de la vérité est inséparable de la praxis du doute méthodique et de la confrontation dialectique des idées pertinentes authentiquement éprouvées en leur rationalité profonde. Les sectes marxistes-youtubiques du totalitarisme de la réification marchande accomplie sont les agents les plus efficaces de la contre-révolution capitaliste car leur discours complètement réifié et réifiant faussement critique constitue cette « opposition-contrôlée » à la « Goldstein » voulue structurellement par le système de la falsification spectaculaire du « Consomme et tais-toi » orwellien chosifiant de l’abrutissement généralisé. Face à ces sectes marxistes totalitaires de la « non-pensée » et du « doute interdit » (dont les gourous sont des vulgaires plagiaires d’authentiques communistes d’humanité riche et sont réduits à n’être que de pitoyables mêmes internets, des avatars spectaculaires grotesques de slogans débiles jamais interrogés, de pitoyables pervers narcissiques youtubiques de la « non-lecture » et du dogmatisme le plus total, de minables petits flicaillons de la « police de la pensée » marxiste lâchement planqués dans le monde faux de la représentation spectaculaire de toutes les malhonnêtetés et de tous les coups-bas) il convient de réhabiliter le Marx réel :

« Je suppose naturellement des lecteurs qui veulent apprendre quelque chose de neuf et par conséquent aussi penser par eux-mêmes (…) Tout jugement inspiré par une critique vraiment scientifique est pour moi le bienvenu. » (Marx, Le Capital, livre I, préface)

« Ma devise préférée : il faut douter de tout… Mon activité favorite : bouquiner… » (Marx, Confession, brochure des éditions Spartacus, 1969)

Toute secte idéologique du marxisme misérablement révisé en régression intellectuelle et humaine (aux effectifs humains qualitativement pitoyables et dans l’endoctrinement manipulatoire paternaliste de lâcheté et de servilité méprisable) est essentiellement un lieu d’aliénation misérable qui reproduit la misère de l’aliénation générale sur le terrain de la fausse conscience réifiée spectaculairement dans le youtubisme stupide du « Consomme et tais-toi » infantilisant, conformiste, consumériste, nihiliste, illogique et indistinct des télécrans de la servitude débilisante quotidienne. Toute secte marxiste dogmatique du youtubisme réifiant-débile se présentant faussement comme « Groupe d’intervention communiste de la radicalité profonde » (en vérité des dangereuses PME d’indistinction totalitaire marchande) est l’ultime fourberie du système de falsification spectaculaire qui trouve là le moyen de réifier davantage les intelligences derrière le vernis d’une critique fallacieuse et faussement émancipatrice. Ces sectes marxistes youtubiques de la reproduction du totalitarisme spectaculaire-marchand-orwellien-capitaliste d’indistinction qualitative et de destruction radicale de l’intelligence sont condamnées aux poubelles de l’Histoire :

« Il faut relever une parole que Marx a su affirmer contre son temps : les propriétaires actuels de la pensée marxiste plus ou moins dégradée (révisée en régression) ressemblent aux Hébreux errant dans le désert ; il leur faudra disparaître pour faire place à une autre génération digne d’entrer dans la terre promise de la nouvelle praxis révolutionnaire. » (Guy Debord, Aux poubelles de l’Histoire !)

Et on pourrait encore continuer ainsi sur d’autres points…

Les « vérités définitives » derrière lesquelles tu te réfugies par angoisse sont des mystifications… Tu dois te « réveiller » de ton « sommeil dogmatique »…

Arrête d’être un mouton lobotomisé, réveille-toi, ouvre les yeux et réalise enfin qu’il n’y a que des problèmes et certainement pas de solutions…

Mais ce sont justement les problèmes qui sont intéressants, les solutions et les réponses sont toujours décevantes…

Cercle Marx – 21/03/2021