Sortir de l’idéologie…

… et du dogmatisme métaphysique…

21/02/2021

« Ma devise préférée : De omnibus dubitandum, il faut douter de tout… » (Marx, Confession)

« La société communiste est à la fois fin de toute histoire antérieure et novation qui fait accéder à un nouveau développement historique. A moins d’admettre encore une discontinuité radicale, on se trouve pris dans l’alternative suivante : si l’histoire communiste est (comme monde de l’aliénation supprimée), il faut que l’histoire (comme mouvement général matérialiste historique) ne soit pas. C’est pourquoi Marx n’hésite pas à nommer cette dernière une simple préhistoire de l’homme. Si au contraire cette préhistoire est effectivement histoire (telle que nous la décrit le matérialisme historique, lié au matérialisme dialectique), il faut qu’elle soit indéfinie et qu’elle ne se transcende pas en un achèvement, qui, en même temps qu’il est suppression de l’aliénation, risque d’apparaître comme la suppression de la dialectique et de l’histoire elles-mêmes. Marx avait reproché à Hegel de supprimer l’objectivité en même temps que l’aliénation et de ne réaliser qu’une opération intellectuelle et théorique. Or, Marx, quant à lui, supprime avec l’aliénation historique les conditions objectives de l’histoire; et malgré le réalisme prétendu de la praxis, nul n’oserait dire qu’il ne s’agit pas encore une fois d’une opération purement intellectuelle et théorique. On peut opter, dans l’alternative indiquée ci-dessus, pour le second terme, qui apparaît plus réaliste : maintien des conditions objectives de la médiation historique, maintien du caractère indéfini du devenir dialectique de l’histoire. Mais si l’on choisit ainsi, on abandonne les perspectives les plus originales du marxisme. On renonce du moins à la discontinuité de l’histoire qui en résultait. Si l’histoire a un sens total, elle doit avoir ce sens de manière immanente, partout présent, mais jamais révélé sur le mode empirique, comme ce serait le cas s’il y avait suppression définitive de toute aliénation et achèvement de la médiation en un point donné de l’histoire. La plénitude de ce point ou de cet instant particulier supprime la possibilité de tout le reste de l’histoire en la vidant de tout sens. Or Marx veut à la fois qu’il y ait un sens de l’histoire immanent à l’histoire (mais non empiriquement posé dans l’histoire) et un sens de l’histoire révélé empiriquement en un acte déterminé de l’histoire. Il faut choisir : et seule la première hypothèse respecte l’expérience de l’histoire, décrite dans le matérialisme historique (…) L’erreur de la dialectique marxiste, c’est de vouloir à la fois un mouvement dialectique indéfini qui traverse une série jamais arrêtée de déterminations successives, et d’autre part une détermination privilégiée qui contiendrait en elle-même l’unité de tout le devenir, la médiation tout entière. Ou bien il n’y a pas d’autres déterminations que celle-là, et alors cette détermination n’est pas une négation, mais elle est une essence positive, pleinement positive, elle est une essence qui existe comme essence, c’est la seule nature ; ou bien cette détermination a rang parmi toutes les négations déterminées qui constituent le réel, elle perd son caractère privilégié, mais alors le communisme n’est pas la « solution de l’énigme de l’histoire ». » (Jean-Yves Calvez, La pensée de Karl Marx)

L’œuvre de Marx est un immense chantier inachevé rempli de problèmes et de contradictions, elle n’est certainement pas un catalogue de « réponses » toutes prêtes à l’emploi… Refuser de le comprendre avec surdité c’est s’illusionner et c’est tomber dans un discours dogmatique et idéologique… Être « fidèle » à Marx c’est problématiser, interroger ses présupposés, douter, se questionner…