Le Capital…

Problème ultime d’une perspective et perspective d’un problème ultime…

A lire impérativement en entier avant de nous contacter pour entrer en dialogue rationnel (si bien sûr volonté de dialogue il y a, sinon c’est inutile : cerclemarx@orange.fr)

(Cercle Marx 12/06/21)

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » (Nicolas Boileau, L’art poétique)

« L’Histoire n’est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont ses pages blanches. » (Hegel, Leçons sur la philosophie de l’Histoire)

« Je suppose naturellement des lecteurs qui veulent apprendre quelque chose de neuf et par conséquent aussi penser par eux-mêmes (…) Tout jugement inspiré par une critique vraiment scientifique est pour moi le bienvenu. » (Marx, Le Capital, livre I, préface)

« Dans le capital porteur d’intérêts, ce fétichisme automatique est parachevé : c’est la valeur qui se valorise elle-même, l’argent qui fait de l’argent et, sous cette forme, il ne porte plus la moindre cicatrice révélant sa naissance. Le rapport social a atteint sa forme parfaite de rapport de la chose (argent, marchandise) à elle-même. (…) Le Capital a trouvé sa forme accomplie en tant que source mystérieuse et autocréatrice de l’intérêt, de son accroissement. Sous cette forme, le Capital n’est plus que représentation. Il est le Capital par excellence. » (Marx, Le Capital, livre IV)

« Et dans cette forme totalement extranéisée du profit et dans la même mesure où la forme du profit dissimule son noyau interne, le Capital acquiert de plus en plus une forme réifiée, d’un rapport il devient toujours plus une chose, mais une chose qui a le rapport social dans le corps, qui l’a avalé, une chose se rapportant à elle-même avec une vie fictive et une autonomie, un être sensible suprasensible ; et dans cette forme de capital et de profit il apparaît à la surface en tant que présupposition achevée. C’est la forme de son effectivité οu, mieux, sa forme d’existence effective. Et c’est la forme sous laquelle il vit dans la conscience de ses agents (supports), les capitalistes, qu’elle se déroule dans leurs représentations. » (Marx, Le Capital, livre IV)

1) Le Capital comme propriété exploitant le travail salarié, comme produit collectif et comme « puissance sociale » :

« Mais est-ce que le travail salarié, le travail du prolétaire crée pour lui de la propriété ? Nullement. Il crée le Capital, c’est-à-dire la propriété qui exploite le travail salarié, et qui ne peut s’accroître qu’à la condition de produire encore et encore du travail salarié, afin de l’exploiter de nouveau. Dans sa forme présente, la propriété se meut entre ces deux termes antinomiques; le Capital et le Travail. Examinons les deux termes de cette antinomie. Être capitaliste, c’est occuper non seulement une position purement personnelle, mais encore une position sociale dans la production. Le Capital est un produit collectif : il ne peut être mis en mouvement que par l’activité en commun de beaucoup d’individu, et même, en dernière analyse, que par l’activité en commun de tous les individus, de toute la société. Le Capital n’est donc pas une puissance personnelle; c’est une puissance sociale. Dès lors, si le Capital est transformé en propriété commune appartenant à tous les membres de la société, ce n’est pas une propriété personnelle qui se change en propriété commune. Seul le caractère social de la propriété change. Il perd son caractère de classe. » (Marx et Engels, Manifeste du Parti Communiste)

2) Le Capital comme classe bourgeoise (classe propriétaire des moyens de production) :

« Mais la bourgeoisie n’a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires. A mesure que grandit la bourgeoisie, c’est-à-dire le Capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent qu’à la condition de trouver du travail et qui n’en trouvent que si leur travail accroît le capital. Ces ouvriers, contraints de se vendre au jour le jour, sont une marchandise, un article de commerce comme un autre; ils sont exposés, par conséquent, à toutes les vicissitudes de la concurrence, à toutes les fluctuations du marché. » (Marx et Engels, Manifeste du Parti Communiste)

3) Le Capital comme rapport social entre hommes médiatisés par des choses :

« (…) au lieu d’être une chose, le Capital est un rapport social entre personnes, lequel rapport s’établit par l’intermédiaire des choses. » (Marx, Le Capital, livre I)

4) Le Capital comme Capital constant et Capital variable :

« Dans le cours de la production, la partie du capital qui se transforme en moyens de production, c’est à dire en matières premières, matières auxiliaires et instruments de travail, ne modifie donc pas la grandeur de sa valeur. C’est pourquoi nous la nommons partie constante du capital, ou plus brièvement : capital constant. La partie du capital transformée en force de travail change, au contraire, de valeur dans le cours de la production. Elle reproduit son propre équivalent et de plus un excédent, une plus value qui peut elle même varier et être plus ou moins grande. Cette partie du capital se transforme sans cesse de grandeur constante en grandeur variable. C’est pourquoi nous la nommons partie variable du capital, ou plus brièvement : capital variable. Les mêmes éléments du capital qui, au point de vue de la production des valeurs d’usage, se distinguent entre eux comme facteurs objectifs et subjectifs, comme moyens de production et force de travail, se distinguent au point de vue de la formation de valeur en capital constant et en capital variable. » (Marx, Le Capital, livre I)

5) Le Capital comme pouvoir de commandement sur le travail, le Capital comme pouvoir de commander du travail non-payé :

« Aux débuts du capital, son commandement sur le travail a un caractère purement formel et presque accidentel. L’ouvrier ne travaille alors sous les ordres du capital que parce qu’il lui a vendu sa force; il ne travaille pour lui que parce qu’il n’a pas les moyens matériels pour travailler à son propre compte. Mais dès qu’il y a coopération entre des ouvriers salariés, le commandement du capital se développe comme une nécessité pour l’exécution du travail, comme une condition réelle de production. » (Marx, Le Capital, livre I)

« Le capital n’est donc pas seulement, comme dit Adam Smith, le pouvoir de disposer du travail d’autrui; mais il est essentiellement le pouvoir de disposer d’un travail non payé. Toute plus-value, qu’elle qu’en soit la forme particulière, – profit, intérêt, rente, etc., – est en substance la matérialisation d’un travail non payé. Tout le secret de la faculté prolifique du capital, est dans ce simple fait qu’il dispose d’une certaine somme de travail d’autrui qu’il ne paye pas. » (Marx, Le Capital, livre I)

6) Le Capital comme forme de circulation différente de l’argent (« M-A-M » puis « A-M-A ») puis comme valeur qui se valorise (« A-M-A’ »), le Capital comme valeur revenue augmentée après avoir été jetée dans la sphère de circulation :

« Lorsqu’on étudie le Capital historiquement, dans ses origines, on le voit partout se poser en face de la propriété foncière sous forme d’argent, soit comme fortune monétaire, soit comme capital commercial et comme capital usuraire. Mais nous n’avons pas besoin de regarder dans le passé, il nous suffira d’observer ce qui se passe aujourd’hui même sous nos yeux. Aujourd’hui comme jadis, chaque capital nouveau entre en scène, c’est-à-dire sur le marché — marché des produits, marché du travail, marché de la monnaie — sous forme d’argent, d’argent qui par des procédés spéciaux doit se transformer en capital. L’argent en tant qu’argent et l’argent en tant que capital ne se distinguent de prime abord que par leurs différentes formes de circulation. (…) La valeur devient donc valeur progressive, argent toujours bourgeonnant, poussant et, comme tel, capital. Elle sort de la circulation, y revient, s’y maintient et s’y multiplie, en sort de nouveau accrue et recommence sans cesse la même rotation. A—A’, argent qui pond de l’argent, monnaie qui fait des petits — money which begets money — telle est aussi la définition du capital dans la bouche de ses premiers interprètes, les mercantilistes. Acheter pour vendre, ou mieux, acheter pour vendre plus cher, A—M—A’, voilà une forme qui ne semble propre qu’à une seule espèce de capital, au capital commercial. Mais le capital industriel est aussi de l’argent qui se transforme en marchandise et, par la vente de cette dernière, se retransforme en plus d’argent. Ce qui se passe entre l’achat et la vente, en dehors de la sphère de circulation, ne change rien à cette forme de mouvement. Enfin, par rapport au capital usuraire, la forme A—M—A’ est réduite à ses deux extrêmes sans terme moyen ; elle se résume, en style lapidaire, en A—A’, argent qui vaut plus d’argent, valeur qui est plus grande qu’elle-même. A—M—A’ est donc réellement la formule générale du capital, tel qu’il se montre dans la circulation. » (Marx, Le Capital, livre I)

7) Le Capital comme travail mort s’animant, le Capital comme « monstre animé », le Capital comme travail mort/travail accumulé/travail objectivé, le Capital comme « vampire » absorbant le travail vivant, le Capital comme personnifié à travers le capitaliste :

« Le capitaliste, en transformant l’argent en marchandises qui servent d’éléments matériels pour un nouveau produit, en leur incorporant ensuite la force de travail vivante, transforme la valeur – du travail passé, mort, devenu chose – en Capital, en valeur grosse de valeur, monstre animé qui se met à ‘travailler’ comme s’il avait le Diable au corps. » (Marx, Le Capital, livre I)

« Le capital se compose de matières premières, d’instruments de travail et de moyens de subsistance de toutes sortes qui sont employés à produire de nouvelles matières premières, de nouveaux instruments de travail et de nouveaux moyens de subsistance. Toutes ces parties constitutives sont des créations du travail, des produits du travail, du travail accumulé. Le travail accumulé qui sert de moyen pour une nouvelle production est du capital. » (Marx, Travail salarié et Capital)

« Dans le premier cas, la propriété, ici la propriété foncière, apparaît donc aussi comme une domination immédiate et naturelle ; dans le second cas, cette propriété apparaît comme une domination du travail et, en l’espèce, du travail accumulé, du capital. » (Marx & Engels, L’idéologie Allemande)

« Pour autant que le procès de production n’est que procès de travail, l’ouvrier y consomme les moyens de production comme de simples aliments du travail; en revanche, pour autant qu’il est aussi procès de valorisation, le capitaliste y consomme la force de travail de l’ouvrier, en s’appropriant le travail vivant comme sang vital du capital. La matière première et l’objet du travail en général ne servent qu’à absorber le travail d’autrui, l’instrument de travail faisant office de conducteur, de véhicule dans ce procès d’absorption. En incorporant à ses éléments matériels la force de travail vivante, le Capital devient un monstre animé, et se met à agir « comme s’il était possédé par l’amour ». (Marx, Chapitre Inédit du Capital)

« Le capitaliste a acheté la force de travail à sa valeur journalière. Il a donc acquis le droit de faire travailler pendant tout un jour le travailleur à son service. Mais qu’est-ce qu’un jour de travail ? Dans tous les cas, il est moindre qu’un jour naturel. De combien ? Le capitaliste a sa propre manière de voir sur cette ultima Thule, la limite nécessaire de la journée de travail. En tant que capitaliste, il n’est que capital personnifié; son âme et l’âme du capital ne font qu’un. Or le capital n’a qu’un penchant naturel, qu’un mobile unique; il tend à s’accroître, à créer une plus-value, à absorber, au moyen de sa partie constante, les moyens de production, la plus grande masse possible de travail extra. Le Capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage. Le temps pendant lequel l’ouvrier travaille, est le temps pendant lequel le capitaliste consomme la force de travail qu’il lui a achetées. Si le salarié consomme pour lui-même le temps qu’il a de disponible, il vole le capitaliste. » (Marx, Le Capital, livre I)

8) Le Capital comme processus de production (qui est aussi processus de reproduction) qui est unité du processus de travail et du processus de valorisation du Capital :

« Le procès de production capitaliste est unité du procès de travail et du procès de valorisation. Pour que l’argent devienne capital, il faut le convertir d’abord en les marchandises qui constituent les facteurs du procès de travail, autrement dit, il faut acheter la capacité de travail, les objets sans lesquels la capacité de travail ne pourrait être consommée, c’est-à-dire travailler. » (Marx, Chapitre Inédit du Capital)

9) Le Capital comme marchandise valorisant le Capital, le Capital comme résultat du Capital, le Capital comme procès de circulation et comme procès de production :

« En tant que marchandise, le produit du capital doit entrer dans le procès de transformation non seulement de sa substance, mais encore de sa forme (ce que nous avons appelé les métamorphoses de la marchandise). Les transformations formelles – conversion des marchandises en argent, et reconversion de l’argent en marchandises – se déroulent dans la circulation des marchandises en tant que telles (ce que nous avons appelé la « circulation simple »). Mais, ces marchandises portent à présent du capital; elles sont du capital valorisé, fécond en plus-value. Comme telles, leur circulation – devenue à présent aussi procès de reproduction du capital – revêt des caractéristiques que l’analyse abstraite de la circulation marchande ignore. Nous devons donc considérer désormais la circulation des marchandises comme procès de circulation du capital. Ce sera l’objet du prochain livre.  (…) Nous avons vu que la transformation de l’argent en capital s’articule en deux procès autonomes, qui appartiennent à deux sphères absolument différentes et séparées l’une de l’autre. Le premier correspond à la sphère de la circulation des marchandises, et se déroule donc sur le marché : c’est l’achat-vente de la force de travail; le second, c’est la consommation de la capacité de travail achetée, autrement dit : le procès de production. Dans le premier procès, le capitaliste et l’ouvrier se font face uniquement comme possesseur d’argent et possesseur de marchandise. Leur transaction – comme celle de tous les acheteurs et vendeurs – est un échange d’équivalents. Dans le second l’ouvrier opère, pour un temps, comme élément vivant du capital : la catégorie de l’échange en est tout à fait exclue. En effet, avant même que ce procès ne commence, le capitaliste s’est approprié par l’achat tous les facteurs matériels et personnels de la production. Cependant, bien qu’existant indépendamment l’un de l’autre, ces deux procès se conditionnent réciproquement : le premier introduit le second, et celui-ci accomplit le premier. » (Marx, Chapitre Inédit)

10) Le Capital comme argent transformé en Capital (en argent se valorisant par la consommation de la force de travail achetée dans la sphère de circulation), le Capital comme autonomisation des conditions du travail objectivé, le Capital comme conditions de travail qui deviennent des puissances étrangères et autonomes :

« L’argent ne peut devenir du capital sans s’échanger au préalable contre la force de travail que l’ouvrier vend comme une marchandise; d’autre part, le travail ne peut être salarié qu’à partir du moment où les propres conditions objectives de l’ouvrier se dressent en face de lui comme des forces autonomes, propriété d’autrui, valeur existant pour soi et ramenant tout à elle, bref, du capital. En conséquence, si du point de vue de sa matière, c’est-à-dire de sa valeur d’usage, le capital se réduit aux conditions objectives du travail, du point de vue formel, celles-ci doivent s’opposer au travail comme des puissances étrangères et autonomes, comme valeur – travail objectivé – qui traite le travail vivant comme un simple moyen pour se conserver et s’accroître elle-même. Le travail salarié – le salariat – est donc une forme sociale nécessaire du travail pour la production capitaliste, tout comme le capital – valeur concentrée en puissance – est la forme sociale nécessaire que doivent assumer les conditions objectives du travail pour que le travail soit salarié. » (Marx, Chapitre Inédit)

11) Le Capital à l’origine de la ville, le Capital à l’origine de la séparation de la ville et de la campagne, le Capital comme propriété séparée de la propriété foncière :

« Déjà, la ville est le fait de la concentration de la population, des instruments de production, du capital, des plaisirs et des besoins. tandis que la campagne met en évidence le fait opposé, l’ isolement et l’éparpillement. (…) On peut aussi saisir la séparation de la ville et de la campagne comme la séparation du capital et de la propriété foncière, comme le début d’une existence et d’un développement du capital indépendants de la propriété foncière, comme le début d’une propriété ayant pour seule base le travail et l’échange. » (Marx et Engels, L’idéologie Allemande)

12) Le Capital comme Capital « naturel », le Capital comme Capital « moderne », le Capital comme Capital « primitif », le Capital comme Capital « mobile » :

« Dans les villes, le capital était un capital naturel qui consistait en logement, outils et en une clientèle naturelle héréditaire, et il se transmettait forcément de père en fils, du fait de l’état encore embryonnaire des échanges et du manque de circulation qui en faisaient un bien impossible à réaliser. Contrairement au capital moderne, ce n’était pas un capital que l’on pouvait évaluer en argent et pour lequel peu importe qu’il soit investi dans une chose ou dans une autre; c’était un capital lié directement au travail déterminé de son possesseur, inséparable de ce travail, partant un capital lié à un état. (…) Avec la manufacture libérée de la corporation, les rapports de propriété se transformèrent aussi immédiatement. Le premier pas en avant pour dépasser le capital naturellement accumulé dans le cadre d’un ordre social, fut marqué par l’apparition des commerçants qui eurent d’emblée un capital mobile, donc un capital au sens moderne du mot, autant qu’il puisse en être question dans les conditions de vie d’alors. Le second progrès fut marqué par la manufacture qui mobilisa à son tour une masse du capital primitif et accrut de façon générale la masse du capital mobile par rapport au capital primitif. » (Marx et Engels, L’Idéologie Allemande)

13) Le Capital qui utilise l’État comme engin de guerre nationale contre le travail  :

« En présence de la menace de soulèvement du prolétariat, la classe possédante unie utilisa alors le pouvoir de l’État, sans ménagement et avec ostentation comme l’engin de guerre national du capital contre le travail. » (Marx, La Guerre civile en France)

14) Le Capital comme moyen d’asservissement et d’exploitation du travail :

« Elle visait à l’expropriation des expropriateurs. Elle voulait faire de la propriété individuelle une réalité, en transformant les moyens de production, la terre et le capital, aujourd’hui essentiellement moyens d’asservissement et d’exploitation du travail, en simples instruments d’un travail libre et associé. Mais c’est du communisme, c’est l’« impossible» communisme ! » (Marx, La guerre civile en France)

15) Le Capital comme « conspiration cosmopolite », le Capital comme despotisme sur le travail :

« Tandis que les gouvernements européens témoignent ainsi devant Paris du caractère international de la domination de classe, ils crient haro sur l’Association internationale des travailleurs, – contre-organisation internationale du travail opposée à la conspiration cosmopolite du capital, – selon eux source maîtresse de tous ces malheurs. (…) Pour l’extirper, les gouvernements auraient à extirper le despotisme du capital sur le travail, condition même de leur propre existence parasitaire. » (Marx, La guerre civile en France)

16) Le Capital comme rapport social éternisé par les économistes bourgeois :

« C’est de cet oubli que découle, par exemple, toute la sagesse des économistes modernes qui prétendent prouver l’éternité et l’harmonie des rapports sociaux existant actuellement. Par exemple, pas de production possible sans un instrument de production, cet instrument ne serait-il que la main. Pas de production possible sans travail passé accumulé, ce travail ne serait-il que l’habileté que l’exercice répété a développée et fixée dans la main du sauvage. Entre autres choses, le capital est, lui aussi, un instrument de production, c’est, lui aussi, du travail passé, objectivé. Donc le capital est un rapport naturel universel et éternel ; oui, mais à condition de négliger précisément l’élément spécifique, ce qui seul transforme en capital l’« instrument de production », le « travail accumulé ». Toute l’histoire des rapports de production apparaît ainsi, par exemple chez Carey, comme une falsification provoquée par la malveillance des gouvernements. » (Marx, Introduction de 1857)

17) Le Capital comme « agent de la production », comme « force économique qui domine tout », comme « point de départ » et « point final » :

« Intérêt et profit, en tant que formes de distribution, supposent le capital considéré comme agent de la production. Ce sont des modes de distribution qui ont pour postulat le capital comme agent de la production. Ce sont également des modes de reproduction du capital. » (Marx, Introduction de 1857)

« L’argent peut exister et a existé historiquement avant que n’existât le capital, que n’existassent les banques, que n’existât le travail salarié, etc. (…) Le capital lui-même au moyen âge – dans la mesure où il ne s’agit pas purement de capital monétaire – a, sous la forme d’outillage de métier traditionnel, etc., ce caractère de propriété foncière. Dans la société bourgeoise, c’est l’inverse. L’agriculture devient de plus en plus une simple branche de l’industrie et elle est entièrement dominée par le capital. Il en est de même de la rente foncière. Dans toutes les formes de société où domine la propriété foncière, le rapport avec la nature reste prépondérant. Dans celles où domine le capital, c’est l’élément social créé au cours de l’histoire qui prévaut. On ne peut comprendre la rente foncière sans le capital. Mais on peut comprendre le capital sans la rente foncière. Le capital est la force économique de la société bourgeoise qui domine tout. Il constitue nécessairement le point de départ comme le point final et doit être expliqué avant la propriété foncière. Après les avoir étudiés chacun en particulier, il faut examiner leur rapport réciproque. » (Marx, Introduction de 1857)

18) Le Capital comme Capital commercial, le Capital comme Capital monétaire :

« Le capital en tant que capital commercial ou capital monétaire apparaît précisément sous cette forme abstraite là où le capital n’est pas encore l’élément dominant des sociétés. » (Marx, Introduction de 1857)

19) Le Capital comme Capital industriel :

« L’impôt sur la consommation n’a pris son véritable développement que depuis l’avènement de la bourgeoisie. Entre les mains du capital industriel, c’est-à-dire de la richesse sobre et économe qui se maintient, se reproduit et s’agrandit par l’exploitation directe du travail, l’impôt sur la consommation était un moyen d’exploiter la richesse frivole, joyeuse, prodigue des grands seigneurs qui ne faisaient que consommer. » (Marx, Misère de la philosophie)

20) Le Capital comme rapport social de mystification, de réification et d’inversion, le Capital comme être « tout à fait mystérieux » :

« Dans la soumission formelle, la productivité du travail est assurée, tout d’abord, purement et simplement par ce que l’ouvrier est contraint d’effectuer du surtravail. Cette contrainte est commune aux modes de production qui se sont succédé jusqu’ici, à cela près qu’avec le capitalisme elle s’exerce en un sens plus favorable à la production. Même dans le rapport purement formel – valable en général pour toute la production capitaliste, puisque celle-ci conserve, même dans son plein développement, les caractéristiques de son mode peu évolué – les moyens de production, conditions matérielles du travail, ne sont pas soumis au travailleur, mais c’est lui qui leur est soumis : c’est le capital qui emploie le travail. Dans cette simplicité, ce rapport met en relief la personnification des objets et la réification des personnes. Mais le rapport devient plus complexe et apparemment plus mystérieux, lorsque, avec le développement du mode de production spécifiquement capitaliste, ce ne sont plus seulement les objets – ces produits du travail, en tant que valeurs d’usage et valeurs d’échange – qui, face à l’ouvrier, se dressent sur leurs pieds comme « capital », mais encore les formes sociales du travail qui se présentent comme formes de développement du capital, si bien que les forces productives, ainsi développées, du travail social apparaissent comme forces productives du capital : en tant que telles, elles sont « capitalisées », en face du travail. En fait, l’unité collective se trouve dans la coopération, l’association, la division du travail, l’utilisation des forces naturelles, des sciences et des produits du travail sous forme des machines. Tout cela s’oppose à l’ouvrier individuel comme quelque chose qui lui est étranger et existe au préalable sous forme matérielle, qui plus est, il lui semble qu’il n’y ait contribué en rien, ou même que tout cela existe en dépit de ce qu’il fait. » (…) Valeur d’usage, et ici le capital se conforme à la nature du procès de travail. Mais c’est justement ici qu’il n’est pas seulement matière et moyen de travail auxquels le travail appartient et s’incorpore, mais encore combinaisons sociales du travail et développement correspondant du moyen de travail. Seule la production capitaliste développe sur une grande échelle les conditions, aussi bien objectives que subjectives, du procès de travail, en les arrachant aux travailleurs autonomes, mais elle les développe comme puissances étrangères à l’ouvrier qui travaille sous leur domination. Le capital devient ainsi un être tout à fait mystérieux. » (Marx, Chapitre Inédit)

21) Le Capital comme rapport social impersonnel, comme « processus sans sujet » :

« Le capitaliste en chair et en os ne nous sert plus à rien : le Capital vit sans lui, avec la même fonction mais centuplée. Le sujet humain est devenu inutile. Une classe privée des individus qui la composent ? L’État au service non plus d’un groupe social mais d’une force impalpable, œuvre de l’esprit saint ou du Diable ? Nous manions l’ironie à la manière de notre vieux Maître Karl. Nous vous offrons la citation promise : « Le capitaliste, en transformant l’argent en marchandises qui servent d’éléments matériels pour un nouveau produit, en leur incorporant ensuite la force de travail vivante, transforme la valeur – du travail passé, mort, devenu chose – en Capital, en valeur grosse de valeur, monstre animé qui se met à ‘travailler’ comme s’il avait le Diable au corps. » Il faut prendre le Capital par ses cornes. » (Bordiga citant Marx, La doctrine du Diable au corps)

22) Le Capital comme autosuppression de ses propres possibilités et comme contradiction en procès :

« C’est, de toutes les lois de l’économie politique moderne [la loi de la baisse tendancielle du taux de profit], la plus importante qui soit. Essentielle pour l’intelligence des problèmes les plus difficiles, elle est aussi la loi la plus importante du point de vue historique, une loi qui, malgré sa simplicité, n’a jamais été comprise jusqu’à présent, et moins encore énoncée consciemment. […] on voit qu’à partir d’un certain point de son expansion le Capital lui-même supprime ses propres possibilités. » (Marx, Grundrisse)

« Le capital est lui-même contradiction en procès, en ce qu’il s’efforce de réduire le temps de travail à un minimum, tandis que d’un autre côté il pose le temps de travail comme seule mesure et source de la richesse. C’est pourquoi il diminue le temps de travail sous la forme du travail nécessaire pour l’augmenter sous la forme du travail superflu ; et pose donc dans une mesure croissante le travail superflu comme condition – question de vie ou de mort – pour le travail nécessaire. D’un côté donc, il donne vie à toutes les puissances de la science et de la nature comme à celles de la combinaison sociale et du commerce social pour rendre la création de richesse indépendante (relativement) du temps de travail qui y est employé. De l’autre côté, il veut mesurer au temps de travail ces gigantesques forces sociales ainsi créées, et les emprisonner dans les limites qui sont requises pour conserver comme valeur la valeur déjà créée. Les forces productives et les relations sociales – les unes et les autres étant deux côtés différents du développement de l’individu social – n’apparaissent au capital que comme les moyens, et ne sont pour lui que des moyens de produire à partir de la base fondamentale bornée qui est la sienne. » (Marx, Grundrisse)

23) Le Capital comme Capital-argent, le Capital comme Capital-marchandise, le Capital comme Capital productif :

« Deux de ces formes, le capital-argent et le capital-marchandise, appartiennent à la sphère de la circulation et fonctionnent dans cette sphère. Les métamorphoses sont médiatisées par les pratiques du capitaliste qui apparaît sur le marché comme acheteur, puis comme vendeur. La troisième forme, celle du capital productif, fonctionnant hors la sphère de circulation, agit dans la sphère de production. » (Marx, Le Capital, livre II)

24) Le Capital comme unité réelle des 3 formes du processus de circulation, le Capital comme totalité d’un processus où se rejoignent production et circulation :

« Dans sa totalité, le capital est toujours en train de circuler, parcourant sans cesse le circuit de ses diverses métamorphoses, qui sont autant de phases de son processus (…) Le processus d’ensemble du capital en tant qu’unité des trois circuits serait purement formel – c’est-à-dire l’un ou l’autre des trois circuits, selon la phase ou la forme fixée par l’observateur – si la valeur totale du capital s’était muée successivement d’une forme ou d’une phase dans l’autre. En tant qu’unité réelle des trois circuits, le capital doit se trouver simultanément et perpétuellement dans chacune de ses phases et de ses formes. En d’autres termes, l’unité réelle des trois circuits suppose ou plutôt exprime la continuité du capital dans ses diverses formes et phases. Si je considère un cercle en rotation, je constate que chaque point en est un point de départ, un point de transition et un point de retour. Cependant, c’est toujours le même mouvement uniforme qui « fixe » le mouvement des divers points (…) Le processus de circulation apparaît comme unité réelle des trois circuits dans la mesure où, à travers leurs mouvements distincts, ils se différencient tout en assurant l’unité du processus total (…) le capital doit fonctionner simultanément dans ses différentes formes et parcourir ses diverses phases, c’est-à-dire à la foi dans les deux sphères de la production et de la circulation, tout comme dans les deux phases de la circulation. » (Marx, Le Capital, livre II)

25) Le Capital comme « Capital total » :

« La continuité du processus d’ensemble n’est assurée que par l’unité des trois circuits ; son interruption serait inévitable si le capital total demeurait constamment dans une seule de ces phases. A considérer le capital total, dont les capitaux individuels ne constituent que des fragments, la continuité du processus et l’unité des trois circuits sont constamment réalisées. » (Marx, Le Capital, livre II)

26) Le Capital comme Capital fixe et Capital circulant :

« Durant tout son fonctionnement, une partie de sa valeur reste fixée en elle et garde son indépendance vis-à-vis des marchandises qu’elle contribue à produire. C’est cette particularité qui confère à cette partie du capital constant la forme de capital fixe. En revanche, tous les autres éléments matériels du capital constituent le capital circulant. » (Marx, Le Capital, livre II)

27) Le Capital comme Capital-argent qui disparaît dans une production socialisée :

« Dans l’hypothèse d’une production socialisée, le capital-argent disparaît. La société répartit la force de travail et les moyens de production dans les différentes branches d’industrie. Le cas échéant, les producteurs pourraient recevoir des bons leur permettant de prélever sur les réserves de consommation de la société des quantités correspondant à leur temps de travail. Ces bons ne sont pas de l’argent. Ils ne circulent pas. » (Marx, Le Capital, livre II)

28) Le Capital comme processus et comme « Tout » :

« Dans le présent livre III, il ne peut être question d’exprimer des considérations générales sur cette « unité ». Il nous faut, au contraire, rechercher et exposer les formes concrètes qu’engendre ce processus du capital comme un tout. » (Marx, Le Capital, livre III)

29) Le Capital comme Capital financier :

« Lorsque les mouvements purement techniques accomplis par l’argent dans le processus de circulation du capital industriel, et comme nous pouvons l’ajouter maintenant, du capital commercial (puisque celui-ci assume une partie de la circulation du capital industriel de par son mouvement propre) deviennent la fonction autonome d’un capital particulier qui effectue ces opérations à l’exclusion de toute autre, ils transforment ce capital en capital financier. » (Marx, Le Capital, livre III)

30) Le Capital comme contradiction qui s’abolit elle-même :

« C’est la négation [Aufhebung] du mode de production capitaliste au sein même de ce système, et par conséquent, une contradiction qui s’abolit elle-même et qui représente, à première vue, un simple moment de transition vers un nouveau type de production. C’est d’ailleurs sous cet aspect contradictoire que la société anonyme se manifeste. Dans certaines sphères, elle rétablit le monopole et, de ce fait, provoque l’ingérence de l’État. Elle fait renaître une nouvelle aristocratie financière, un nouveau ramassis de parasites, en la personne de promoteurs d’entreprises et de directeurs (managers qui ne le sont que de nom); tout un système de tripotages et d’escroqueries fondé sur le trafic d’actions, etc. C’est un mode de production privée qui échappe au contrôle de la propriété privée. » (Marx, Le Capital, livre III)

31) Le Capital comme Capital existant en dehors du processus de production (le Capital porteur d’intérêts) :

« Le Capital n’existe en tant que tel que dans le mouvement réel, non dans le processus de circulation, mais uniquement dans le processus de production, qui est celui de l’exploitation de la force de travail. Il en va tout autrement du Capital porteur d’intérêts. » (Marx, Le Capital, livre III)

32) Le Capital comme Moloch, comme démence, inversion et réification :

« La réification complète, le renversement (Verkehrung) et la démence (Verrückheit) du capital porteur d’intérêts – dans lequel cependant apparaît seulement la nature intime de la production capitaliste, sa démence sous sa forme la plus tangible – c’est le capital en tant que rapportant des «intérêts composés (« compound interest bearing » ) où il apparaît comme un Moloch qui exige qu’on lui sacrifie le monde entier, mais qui, par quelque mystérieux fatum, voit cependant ses justes exigences, qui découlent de sa propre nature, n’être jamais satisfaites et toujours contrecarrées. » (Marx, Théories sur la plus-value)

33) Le Capital comme fétichisme atteignant sa perfection, le Capital comme Capital achevé, comme « mystère », comme « forme sans contenu », comme forme sans la médiation du procès de production et du procès de circulation. Le Capital comme rapport social ayant atteint « sa forme parfaite » (le rapport d’une chose à « elle-même »), le Capital comme forme réifiée devenant autonome, le Capital comme rapport social transformé en chose ayant avalé l’ancien rapport social qui lui donnait sens, le Capital comme extrait du procès qui faisait de lui le Capital, le Capital comme domination d’une Forme autonome (Gestalt), le Capital comme Forme-Capital (la forme de l’incrémentation de la valeur) et comme achèvement du fétichisme et de la réification :

« Voilà le capital dans sa forme de fétichisme et le fétichisme du capital dans toute leur perfection. En A-A’, nous tenons la forme irrationnelle du capital, la perversion monstrueuse des rapports de production mués en choses : le Capital réduit à sa pure forme, la forme productive d’intérêt, sous laquelle il préside à son propre processus de reproduction. Cette faculté de l’argent – ou de la marchandise – de faire valoir sa propre valeur, indépendamment de la reproduction, voilà la mystification du capital sous sa forme la plus flagrante. Pour la théorie vulgaire, qui cherche à présenter le capital comme la source autonome de la valeur, cette forme est naturellement une aubaine : on n’y reconnaît plus la source du profit, et le résultat du processus de production capitaliste – séparé du processus lui-même – y acquiert une existence indépendante. » (Marx, Le Capital, livre III)

« En revanche, dans le Capital porteur d’intérêts le fétichisme atteint sa forme parfaite. C’est le Capital achevé – qui est unité du procès de production et du procès de circulation – et qui, par conséquent, rapporte un profit déterminé pour un laps de temps déterminé. Sous la forme du Capital porteur d’intérêts ne subsiste que cette détermination, sans la médiation du procès de production et du procès de circulation. Dans la notion de Capital et de profit, il y a encore le souvenir de ce qu’il a été dans le passé, bien que du fait de la différence existant entre profit et plus-valeur, du fait de l’uniformité du profit de tous les capitaux – le taux général de profit – le Capital soit déjà très obscurci et devienne quelque chose d’obscur, un mystère (…) Dans le Capital porteur d’intérêts ce fétichisme automatique est parachevé : c’est la valeur qui se valorise elle-même, l’argent qui fait de l’argent et, sous cette forme, il ne porte plus la moindre cicatrice révélant sa naissance. Le rapport social a atteint sa forme parfaite de rapport de la chose (argent, marchandise) à elle-même. Au lieu de la transformation réelle de l’argent en capital, c’est une forme sans contenu qui apparaît ici. » (Marx, Le Capital, livre III + Théories sur la plus-value)

«Et dans cette forme totalement extranéisée du profit et dans la même mesure où la forme du profit dissimule son noyau interne, le Capital acquiert de plus en plus une forme réifiée (sachliche), d’un rapport il devient toujours plus une chose, mais une chose qui a le rapport social dans le corps, qui l’a avalé, une chose se rapportant à elle-même avec une vie fictive et une autonomie, un être sensible suprasensible (sinnlich-übersinnliches Wesen); et dans cette forme de Capital et de profit il apparaît à la surface en tant que présupposition achevée. C’est la forme de son effectivité οu, mieux, sa forme d’existence effective. Et c’est la forme sous laquelle il vit dans la conscience de ses agents (supports), les capitalistes, qu’elle se déroule dans leurs représentations.(…) Cette forme (métamorphosée) ossifiée du profit (et par là du Capital en tant que son créateur, car le Capital est raison, le profit la conséquence; Capital cause, profit effet; Capital substance profit accident; le Capital est seulement en tant que Capital créant du profit, en tant que valeur qui crée un profit, une valeur supplémentaire)… » (Marx, Théories sur la plus-value)

« Si dans la configuration (Gestalt) finale qui est celle où le profit – en tant que supposé donné – apparaît dans la production capitaliste,les nombreuses métamorphoses, médiations qu’il subit sont effacées et rendues méconnaissables (unerkennbar), la nature du Capital subit en conséquence le même sort; si cette configuration devient encore plus fixée parce que le même procès, qui lui donne le dernier fini (finish), lui pose en face une partie du profit sous forme de rente, et fait donc de celui-ci une forme particulière de la plus-valeur qui, comme la rente l’est à la terre, est rapportée tout à fait de la même façon au Capital en tant qu’instrument de production doté d’une spécificité matérielle, cette forme concrète séparée de son être profond par une quantité de chaînons intermédiaires invisibles, revêt une forme encore plus extériorisée (veräusserlichte), οu plutôt la forme de l’extériorisation (Verausserlichung) absolue dans le Capital porteur d’intérêts, dans la séparation entre profit et intérêt, dans le Capital porteur d’intérêts considéré en tant que forme (Gestalt) simple du Capital, la forme (Gestalt) où le Capital est présupposé à son propre procès de reproduction. D’une part, on trouve là l’expression de la forme absolue du Capital: Α – Α’. Valeur se valorisant elle-même. D’autre part, le terme moyen Μ, dans M -Α – Μ – Α’, qui existe encore, même dans le Capital commercial pur, a disparu. C’est uniquement le rapport de Α à lui-même, et mesuré par rapport à lui-même. C’est le Capital expressément extrait, séparé, en dehors du procès – en tant que présupposition du procès, dont il est le résultat et dans lequel, et grâce auquel seulement, il est du Capital. » (Marx, Théories sur la plus-value)

« La partition simplement quantitative devient par conséquent une scission qualitative. Le capital lui-même est scindé. Dans la mesure où il est présupposition de la production capitaliste ; donc où il exprime la forme extranéisée (entfremdete) des conditions de travail, un rapport spécifiquement social, il se réalise dans l’intérêt. Il réalise son caractère de capital dans l’intérêt. D’autre part, dans la mesure où il fonctionne dans le procès, ce procès apparaît comme coupé de son caractère spécifiquement capitaliste, de sa déterminité spécifiquement sociale – comme simple procès de travail en général. Par conséquent, le capitaliste, dans la mesure où il y intervient, n’y intervient pas en tant que capitaliste, car ce caractère est escompté dans l’intérêt, mais en tant que fonctionnaire du procès de travail en général, en tant que travailleur, et son salaire du travail se présente dans le profit industriel. C’est un mode de travail particulier – labour of direction – mais on sait que, d’une manière générale, les modes de travail sont différents les uns des autres. (…) Dans ces deux formes de la plus-value,la nature de celle-ci, l’essence du Capital et le caractère de la production capitaliste sont non seulement complètement effacés, mais complètement inversés (verkehrt) en leur contraire. Mais, dans cette mesure aussi, le caractère et la forme concrète (Gestalt) du Capital sont parachevés, dans la mesure où la subjectivisation des choses, la réification des sujets, le renversement (Verkehrung) de la cause et de l’effet, le quiproquo religieux, la forme pure du Capital Α – Α’. sont représentés et exprimés de façon absurde (sinnlos), sans aucune médiation. De même, la sclérose des rapports, leur présentation en tant que rapports des hommes à des choses possédant un caractère social déterminé, sont élaborées tout autrement que dans la mystification simple de la marchandise et dans celle, déjà plus complexe, de l’argent. La transsubstantiation, le fétichisme est achevé ». (Marx, Théories sur la plus-value)

« Dans le capital porteur d’intérêts, ce fétichisme automatique est parachevé : c’est la valeur qui se valorise elle-même, l’argent qui fait de l’argent et, sous cette forme, il ne porte plus la moindre cicatrice révélant sa naissance. Le rapport social a atteint sa forme parfaite de rapport de la chose (argent, marchandise) à elle-même. (…) Le Capital a trouvé sa forme accomplie en tant que source mystérieuse et autocréatrice de l’intérêt, de son accroissement. Sous cette forme, le Capital n’est plus que représentation. Il est le Capital par excellence. » (Marx, Le Capital, livre IV)

« La réelle déterminité formelle grâce à laquelle l’argent ou la marchandise devient capital est effacée. » (Marx, Le Capital, livre IV)

« Les différents rapports (…) prennent une forme réifiéeLe caractère aliéné du Capital, son opposition au travail, se situe au-delà du procès d’exploitation, de la véritable action de cette aliénation, tout caractère contradictoire est écarté de ce procès lui-même… » (Marx, Le Capital, livre IV)

« Ce retour du Capital à son point de départ prend, dans le capital rapporteur d’intérêts, une figure toute extérieure coupée du mouvement réel dont elle est la forme. » (Marx, Le Capital, livre IV)

« Il en va autrement du capital porteur d’intérêts. Là, il ne s’agit pas d’un rapport étranger au capital, mais du rapport-capital lui-même, d’un rapport qui a sa source dans la production capitaliste qui en est spécifique, et exprime l’essence du capital lui-même, il s’agit d’une forme concrète (Gestalt) du capital où il apparaît en tant que capital. Le profit englobe toujours une relation au capital en procès, au procès au cours duquel est engendrée la plus-value (elle-même). Dans le capital porteur d’intérêts, la forme concrète de la plus-value n’est pas, comme dans le profit, aliénée, devenue étrangère, ne laissant pas discerner immédiatement sa forme simple et, partant, sa substance et la cause de sa naissance ; dans l’intérêt, cette forme aliénée est au contraire explicitement posée, présente, exprimée comme l’essentiel. Elle est rendue autonome, fixée, comme s’opposant à la nature réelle de la plus-value. Dans le capital porteur d’intérêts, le rapport du capital au travail est effacé… » (Marx, Le Capital, livre IV)

« Dans le Capital porteur d’intérêts, le Capital apparaît comme source autonome de la valeur... Et cette source il l’est pour soi, dans sa forme réifiée. » (Marx, Le Capital, livre IV)

« La forme incompréhensible que nous trouvons à la surface et dont nous sommes donc partis dans notre analyse, nous la retrouvons en tant que résultat du procès et au cours duquel la forme (Gestalt) du Capital s’aliène de plus en plus et perd toute relation avec son être profond. » (Marx, Le Capital, livre IV)

Remarques :

Entre le livre I et le livre IV du Capital il y a potentiellement une transformation complète du concept de Capital, une transformation complète qui ouvre possiblement à un dépassement et à un riche questionnement…

Du Manifeste Communiste au livre IV du Capital (« Les théories sur la plus-value ») en passant par le livre I (« Le procès de production »), le livre II (« Le procès de circulation ») et le livre III (« Le procès d’ensemble de la production capitaliste »), le concept de Capital ne cesse en effet de se transformer.

Dans le Manifeste le Capital est identifié à la classe détentrice des moyens de production (la bourgeoisie), puis dans le livre I Marx identifie le Capital à un rapport social entre hommes médiatisés par des choses. Enfin, ultimement dans le livre IV (peu connu et difficile à trouver dans sa totalité en français), Marx identifie le Capital à l’autonomisation d’une forme réifiée ayant absorbé l’ancien rapport social, ce qui change potentiellement beaucoup de choses…

« Et dans cette forme totalement extranéisée du profit et dans la même mesure où la forme du profit dissimule son noyau interne, le Capital acquiert de plus en plus une forme réifiée, d’un rapport il devient toujours plus une chose, mais une chose qui a le rapport social dans le corps, qui l’a avalé, une chose se rapportant à elle-même avec une vie fictive et une autonomie, un être sensible suprasensible ; et dans cette forme de capital et de profit il apparaît à la surface en tant que présupposition achevée. C’est la forme de son effectivité οu, mieux, sa forme d’existence effective. Et c’est la forme sous laquelle il vit dans la conscience de ses agents (supports), les capitalistes, qu’elle se déroule dans leurs représentations. » (Marx, Le Capital, livre IV)

L’identification ultime du Capital à une forme réifiée absorbant le rapport social change potentiellement tout car elle vient alors signifier que le Capital serait en mesure de dépasser ses propres limites (loi de la valeur, baisse du taux de profit, contradiction valorisation/dévalorisation, etc.) en les intériorisant…

C’est potentiellement la seule manière de rendre intelligible l’immortalité du Capital qui est explicitement affirmée par Karl Marx dans l’« Urtext » (le fragment de la version primitive de la « Contribution à la critique de l’économie politique » de 1858) de façon claire, distincte et précise (« Die Unvergänglichkeit » en allemand) :

« L’immortalité à laquelle tend l’argent en prenant une attitude négative vis-à-vis de la circula­tion (en s’en retirant), le Capital y parvient, qui se conserve précisément en s’abandonnant à la circulation. » (Marx, Urtext)

Le texte allemand original est ici :

https://www.marxists.org/deutsch/archiv/marx-engels/1858/urtext/index.htm

« Die Unvergänglichkeit, die das Geld anstrebt, indem es sich negativ gegen die Zirkulation verhält (ihr entzieht), erreicht das Kapital, indem es sich grade dadurch erhält, daß es sich der Zirkulation preisgibt. Das Kapital als der die Zirkulation voraussetzende, ihr vorausgesetzte, und sich in ihr erhaltende Tauschwert, nimmt abwechselnd beide in der einfachen Zirkulation enthaltne Momente an, aber nicht wie in der einfachen Zirkulation, daß es nur aus einer der Formen in die andre übergeht, sondern in jeder der Bestimmungen zugleich die Beziehung auf das Entgegengesetzte ist. « 

Une autre traduction française envisageable :

« L’immortalité à laquelle aspire l’argent en se comportant négativement envers la circulation (en s’en retirant) est atteinte par le Capital précisément parce qu’il s’abandonne à la circulation. » (Marx, Urtext)

Les Grundrisse affirment également de façon claire, distincte et précise que le Capital atteint l’immortalité (« Die Unvergänglichkeit » en allemand). Là encore, il y a une énorme ouverture théorique à creuser :

Extrait 1 : « Die Unvergänglichkeit, die das Geld erstrebte, indem es sich negativ gegen die Zirkulation setzte, sich ihr entzog, erreicht das Kapital, indem es sich grade dadurch erhält,daß es sich der Zirkulation preisgibt. » (Marx, Grundrisse)


Traduction possible : « L’immortalité (« Die Unvergänglichkeit ») à laquelle tend l’argent en prenant une attitude négative vis-à-vis de la circula­tion (en s’en retirant), est atteinte par le Capital, qui se conserve précisément en s’abandonnant à la circulation. » (Marx, Grundrisse)

Extrait 2 : « Im Kapital wird die Unvergänglichkeit des Werts (to a certain degree) gesetzt, indem es zwar sich inkarniert in den vergänglichen Waren, ihre Gestalt annimmt, aber sie ebenso beständig wechselt; abwechselt zwischen seiner ewigen Gestalt im Geld und seiner vergänglichen Gestalt in den Waren; die Unvergänglichkeit wird gesetzt als dies einzige, was sie sein kann, Vergänglichkeit, die vergeht – Prozeß – Leben. Diese Fähigkeit erhält das Kapital aber nur, indem es als ein Vampyr die lebendige Arbeit beständig als Seele einsaugt. Die Unvergänglichkeit – Dauer des Werts in seiner Gestalt als Kapital -ist nur gesetzt durch die Reproduktion, die selbst doppelt ist, Reproduktion als Ware, Reproduktion als Geld und Einheit dieser beiden Reproduktionsprozesse. » (Marx, Grundrisse)

Traduction possible : « Dans le capital, l’immortalité (« die Unvergänglichkeit ») de la valeur est posée (à un certain degré), en ce sens qu’elle s’incarne certes dans les marchandises périssables, qu’elle prend leur forme, mais qu’elle la change tout aussi constamment ; elle alterne entre sa forme éternelle dans l’argent et sa forme périssable dans les marchandises ; l’immortalité (« Die Unvergänglichkeit ») ne peut se manifester que sous une forme éphémère, elle est ce qui passe – le processus – la vie [elle est posée comme la seule chose qu’elle puisse être/comme le seul impérissable possible : comme périssable qui passe, processus, vie]. Mais le capital n’obtient cette capacité/cette qualité qu’en aspirant constamment, tel un vampire, le travail vivant pour s’en faire une âme. L’immortalité (« Die Unvergänglichkeit ») – durée de la valeur sous sa forme de capital – ne se réalise qu’au travers de la reproduction, qui est elle-même double, reproduction comme marchandise, reproduction comme argent et unité de ces deux processus de reproduction. » (Marx, Grundrisse)

Pour creuser :

« L’espace dans lequel se meut le Capital n’est plus celui par rapport auquel la loi de la valeur trouve son effectivité. La dimension fondamentale de cet espace est l’homme réifié qui est la personnalisation vivante du Capital ; au travers de ses propres représentations, l’homme réifié réalise l’Être social du Capital. (…) Si en effet, le Capital se dépasse en autonomisant sa forme, la dévalorisation est le procès dans lequel sa substance entre en dissolution… » (Invariance, Juillet 1972)

« Ainsi le Capital a échappé aux contraintes du procès de production global telles que les envisageaient Marx et il n’a pu le faire qu’en devenant représentation. Celle-ci permet d’escamoter, d’éviter le procès de production ; il n’a plus besoin de se rapporter à sa propre matérialité pour acquérir une réalité. Grâce à la représentation, il peut, à chaque instant, être engendré. Il y a, apparemment, création ex-nihilo parce qu’elle est le résultat de l’activité globale de tous les êtres humains capitalisés. C’est avec cet échappement que se parachève la domination réelle du Capital sur la société, moment qui lui permet, maintenant, d’entreprendre la réalisation d’un despotisme généralisé sur tous les êtres humains, en faisant en sorte que la représentation-réalité soit la seule et unique. » (Invariance, Avril 1977)

« Les théoriciens marxistes des crises ne dépassent pas en fait la façon de voir de Sismondi, ils tendent trop en effet à démontrer le caractère borné de la production capitaliste et tentent de produire la démonstration de la chute quasi-mathématique du Capital, tels Rosa Luxembourg, Lénine, Trotsky, Sartre, etc. La théorie de l’impérialisme, stade suprême, pose l’alternative : la révolution sociale ou la décadence du Capital. Le développement chaotique du Capital n’entraîne pas nécessairement sa fin catastrophique car sa tendance « universelle » contient en fait la possibilité de son propre dépassement, l’intériorisation de ses limites (…) Ceci ne nie évidemment pas que le maintien du mode de production capitaliste soit gros d’une catastrophe insurmontable : la destruction de la vie à la surface du globe. Le Capital peut échapper à son propre devenir catastrophique, mais il crée par là-même les conditions d’un anéantissement humain (…) Tous les théoriciens du marxisme ont jusqu’à ce jour développé soit le thème de l’équilibre évident du système à plus ou moins longue échéance soit le thème du déséquilibre obligatoire avec la non moins obligatoire crise finale du capitalisme ; l’une et l’autre thèse ont leur fond de vérité mais toutes deux échouent dans leur tentative. La raison en est que pour eux le Capital ne peut exister que dans une forme réelle et non sous forme de Capital fictif alors même que le Capital fictif peut seul permettre au capital de se développer au-delà de ses limites productives. Mais une telle affirmation comporte une conséquence importante : le Capital peut être en crise sans que cette crise soit une crise de la production et, comme corollaire, ce qui peut apparaître comme une crise de la production n’est plus forcément une crise grave du Capital.(…) Si en effet, le Capital se dépasse en autonomisant sa forme, la dévalorisation est le procès dans lequel sa substance entre en dissolution… » (Invariance, Juillet 1972)

12/06/2021