La France…

Cercle Marx – 8/05/2021

« La belle France ! En effet les Français ont un beau pays et ils ont raison d’en être fiers. Quel pays d’Europe se mesurera à la France pour la richesse, la diversité des exploitations et des produits, pour l’universalité ? (…) Baignée par trois mers, traversée dans trois directions par cinq grands fleuves, dans le Nord un climat presque allemand et belge, dans le Sud un climat presque ita­lien; dans le Nord, le froment, dans le Sud, le maïs et le riz, dans le Nord, le colza , dans le Sud, les olives; dans le Nord, le chanvre, dans le Sud, la soie, et presque partout, le vin. Et quel vin ! Quelle diversité, du Bordeaux au Bourgogne, du Bourgogne au lourd Saint-Georges, an Lunel et au Frontignan dit Sud, et de celui-ci au pétillant Champagne ! Quelle variété de blanc et de rouge, du Petit Mâcon ou Chablis au Chambertin, au Château-Larose, au Sauterne, au cru du Roussillon, à l’Ai mousseux ! Et si l’on pense que chacun de ces vins procure une ivresse différente, qu’il suffit de quelques bouteilles pour vous faire passer par tous les degrés intermédiaires du quadrille Musard à la Marseillaise, de la joie délirante du Cancan à l’ardeur farouche de la fièvre révolutionnaire et vous remettre finalement avec une bouteille de Champagne dans une humeur de carnaval la plus joyeuse du monde ! Et seule la France a un Paris, une ville où la civilisation européenne a atteint son épanouissement le plus accompli; où toutes les fibres nerveuses de l’histoire européenne se réunissent et d’où partent à des intervalles réguliers les secousses électriques qui font trembler le monde entier; une ville dont la population réunit plus qu’aucun autre peuple la passion de la jouissance et la passion de l’action historique, dont les habitants s’entendent à vivre comme le plus raffiné des épicuriens d’Athènes et savent mourir comme le Spartiate le plus impavide, Alcibiade et Léonidas en un seul homme; une ville qui est réellement, comme le dit Louis Blanc, le cœur et le cerveau du monde. » (Engels, Manuscrit, 1848)

https://www.marxists.org/francais/engels/works/1848/10/fe18481000.htm

« La conspiration de la classe dominante pour abattre la révolution par une guerre civile poursuivie sous le patronage de l’envahisseur étranger, conspiration que nous avons suivie du 4 septembre même jusqu’à l’entrée des prétoriens de Mac-Mahon par la porte de Saint Cloud, atteignit son point culminant avec le carnage de Paris. Bismarck contemple avec satisfaction les cadavres du prolétariat de Paris, où il voit le premier acompte de cette destruction générale des grandes villes qu’il appelait de ses vœux alors qu’il était encore un simple rural dans la Chambre introuvable de la Prusse de 1849. Il contemple avec satisfaction les cadavres du prolétariat de Paris. Pour lui, ce n’est pas seulement l’extermination de la révolution, mais l’extermination de la France, maintenant décapitée, et par le gouvernement français lui-même. Avec ce manque de pénétration propre à tous les hommes d’État heureux, il ne voit que la surface de ce formidable événement historique. Quand donc auparavant l’histoire a-t-elle montré le spectacle d’un vainqueur qui couronne sa victoire en se faisant non seulement le gendarme, mais le nervi à gages du gouvernement vaincu ? (…) Après la Pentecôte de 1871, il ne peut plus y avoir ni paix, ni trêve entre les ouvriers de France et ceux qui s’approprient le produit de leur travail. La main de fer d’une soldatesque mercenaire pourra tenir un moment les deux classes sous une commune oppression. Mais la lutte reprendra sans cesse, avec une ampleur toujours croissante, et il ne peut y avoir de doute quant au vainqueur final – le petit nombre des accapareurs, ou l’immense majorité travailleuse. Et la classe ouvrière française n’est que l’avant-garde du prolétariat moderne. » (Marx, La guerre civile en France)

https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530.htm

« Une partie de ces sociétés secrètes poursuivait directement le renversement de l’État existant. Cela était justifié en France, où le prolétariat était vaincu par la bourgeoisie, et où l’attaque dirigée contre le Gouvernement, se confondait avec l’attaque dirigée contre la bourgeoisie. » (Marx, Révélations sur le procès des communistes à Cologne)

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1852/12/01.htm

« On commence donc à faire en Allemagne ce par quoi l’on a fini en France ou en Angleterre. L’ancien ordre pourri, contre lequel ces peuples se révoltent en théorie, et qu’ils supportent simplement comme l’on supporte des chaînes, est salué en Allemagne comme l’aube naissante d’un bel avenir, qui ose encore à peine passer de la théorie astucieuse à la pratique brutale. Tandis qu’en France et en Angleterre le problème se pose sous la forme économie politique ou pouvoir de la Société sur la richesse, il se pose en Allemagne sous cette forme économie nationale ou pouvoir de la propriété privée sur la nationalité. Il s’agit donc, en France et en Angleterre, d’abolir le monopole qui a été poussé jusqu’à ses dernières conséquences ; et il s’agit en Allemagne d’aller jusqu’aux dernières conséquences du monopole. Là, il s’agit de la solution, ici il ne s’agit encore que de la collision. Et nous voyons suffisamment, par cet exemple, sous quelle forme les problèmes modernes se posent en Allemagne ; et cet exemple nous montre que notre histoire, semblable à une jeune recrue, n’a eu jusqu’ici que la tâche de ressasser des histoires banales. (…) En France, il suffit qu’on soit quelque chose, pour vouloir être tout. En Allemagne, personne n’a le droit d’être quelque chose, à moins de renoncer à tout. En France, l’émancipation partielle est la raison de l’émancipation universelle. En Allemagne, l’émancipation universelle est la condition sine qua non de toute émancipation partielle. En France, c’est la réalité, en Allemagne, c’est l’impossibilité de l’émancipation progressive qui doit enfanter toute la liberté. En France, toute classe du peuple est idéaliste politique, et elle a d’abord le sentiment d’être non pas une classe particulière, mais la représentante des besoins généraux de la société. Le rôle d’émancipateur passe donc successivement, dans un mouvement dramatique, aux différentes classes du peuple français, jusqu’à ce qu’il arrive enfin à la classe qui réalise la liberté sociale, non plus en supposant certaines conditions extérieures à l’homme et néanmoins créées par la société humaine, mais en organisant au contraire toutes les conditions de l’existence humaine dans l’hypothèse de la liberté sociale. En Allemagne, où la vie pratique est aussi peu intellectuelle que la vie intellectuelle est peu pratique, aucune classe de la société bourgeoise n’éprouve ni le besoin ni la faculté de l’émancipation universelle, jusqu’à ce qu’elle y soit forcée par sa situation immédiate, par la nécessité matérielle, par ses chaînes mêmes. » (Marx, Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel)

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1843/00/km18430000.htm

« Après avoir pris à Auxerre plusieurs chopes de vin, aussi bien de l’ancien que du nouveau, je me dirigeai, après avoir franchi l’Yonne, vers les montagnes situées sur sa rive droite. La route longe la vallée; je pris cependant l’ancien chemin plus court qui passe par les montagnes. Le ciel était couvert, le temps maussade, moi-même j’étais fatigué et je passai la nuit dans le premier village, à quelques kilomètres d’Auxerre. Le lendemain je partis de bon matin, avec le plus beau temps ensoleillé du monde. Le chemin conduisait sur une crête montagneuse assez élevée; il n’était bordé que de vignobles. Mais je fus payé de la peine que j’avais prise à l’escalader par le plus magnifique des panoramas. Devant moi toutes les collines descendant en pente douce jusqu’à l’Yonne, puis la verte vallée de l’Yonne aux abondantes prairies, plantées de peupliers, aux villages et aux fermes nombreux; derrière, les pierres grises d’Auxerre adossée à la paroi montagneuse de la rive opposée; partout des villages et partout, à perte de vue, des vignes, rien que des vignes et le chaud soleil qui scintillait de tous ses rayons, filtré seulement dans le lointain par une légère brume d’automne, s’épandait sur cette large vallée, chaudron où le soleil d’août élabore l’un des plus nobles des vins. Je ne sais pas ce qui confère à ces paysages français qui ne se distinguent nullement par la beauté exceptionnelle des contours, ce charme si particulier. Ce n’est évidemment pas tel ou tel détail, c’est l’ensemble qui leur confère une plénitude qui se rencontre rarement ailleurs. Le Rhin et la Moselle ont de plus beaux groupes de rochers, la Suisse offre des contrastes plus accusés, l’Italie, une plus grande plénitude de coloris, mais aucun pays n’a des régions d’un ensemble aussi harmonieux que la France. C’est avec une satisfaction extraordinaire que l’œil erre de la luxuriante et large vallée où abondent les prairies jusqu’aux montagnes plantées de vignes aussi luxuriantes, même sur les plus hauts sommets, et aux villages et aux villes innombrables qui se détachent sur le feuillage des arbres fruitiers. Nulle part un coin dénudé, nulle part un endroit inhospitalier qui détonne, nulle part un rocher abrupt dont les parois seraient inaccessibles à la végétation. Partout une riche végétation, un vert intense et splendide qui prend des nuances bronzées d’automne, rehaussé par l’éclat d’un soleil qui est encore assez chaud à la mi-octobre pour mûrir tous les grains du cep. » (Engels, Manuscrit, 1848)

https://www.marxists.org/francais/engels/works/1848/10/fe18481000.htm

8/05/2021