Communiqué sur le Coronavirus

Note confidentielle XVII

Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés…

Contribution à l’Histoire du mouvement des Gilets Jaunes (17), 26 mars 2020

Note liminaire (Cercle Marx, jeudi 26 mars 2020)

Cette note mystérieuse nous est parvenue par des voies secrètes. Toute personne en possession de la présente note peut (si elle le juge bon) diffuser les éléments qu’elle contient, à charge seulement d’en indiquer la provenance énigmatique…

« Cependant, comment défendre Paris sans armer sa classe ouvrière, sans l’organiser en une force effective et instruire ses rangs par la guerre elle-même ? Mais Paris armé, c’était la révolution armée. Une victoire de Paris sur l’agresseur prussien aurait été une victoire de l’ouvrier français sur le capitaliste français et ses parasites d’État. Dans ce conflit entre le devoir national et l’intérêt de classe, le gouvernement de la Défense nationale n’hésita pas un instant : il se trans­forma en un gouvernement de la Défection nationale […] Mais la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l’appareil d’État et de le faire fonctionner pour son propre compte […] Au fur et à mesure que le progrès de l’industrie moderne développait, élargissait, intensifiait l’an­ta­go­nisme de classe entre le capital et le travail, le pouvoir d’État prenait de plus en plus le caractère d’un pouvoir public organisé aux fins d’asservissement social, d’un appa­reil de domination d’une classe […] . Ainsi, dans cette nouvelle Commune, qui brise le pouvoir d’État moderne, on a voulu voir un rappel à la vie des communes médiévales, qui d’abord précédèrent ce pouvoir d’État, et ensuite en devinrent le fondement […] Le pouvoir d’État, qui semblait planer bien haut au-dessus de la société, était cependant lui-même le plus grand scandale de cette société et en même temps le foyer de toutes ses corruptions. Sa propre pourriture et celle de la société qu’il avait sauvée furent mises à nu par la baïonnette de la Prusse, elle-même avide de transférer le centre de gravité de ce régime de Paris à Berlin. Le régime impérial est la forme la plus prostituée et en même temps la forme ultime de ce pouvoir d’État, que la société bourgeoise naissante a fait naître, comme l’outil de sa propre émancipation du féodalisme, et que la société bourgeoise parvenue à son plein épanouissement avait finalement transformé en un moyen d’asservir le travail au capital […] La Consti­tution communale aurait restitué au corps social toutes les forces jusqu’alors absor­bées par l’État parasite qui se nourrit sur la société et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle eût été le point de départ de la régénération de la France […]»
(Marx, La Guerre civile en France
)

« La guerre mondiale a placé la société devant l’alternative suivante : ou bien maintien du capitalisme, avec de nouvelles guerres et un rapide effondrement dans le chaos et l’anarchie ou bien abolition de l’exploitation capitaliste. Avec la fin de la guerre mondiale, la bourgeoisie et sa domination de classe ont perdu tout droit à l’existence. La bourgeoisie n’est plus en mesure de tirer la société du terrible chaos économique que l’orgie impérialiste a laissé après elle. Dans des proportions énormes, des moyens de production ont été anéantis ; des millions d’ouvriers, les meilleures cohortes et les plus actives de la classe ouvrière, ont été massacrés. Lorsque ceux qui sont restés en vie rentrent dans leurs foyers, ils voient devant eux le visage grimaçant du chômage, de la famine et des maladies qui menacent d’anéantir jusqu’à la racine la force populaire. Le fardeau énorme des dettes de guerre rend inéluctable la banqueroute financière de l’Etat. Pour échapper à cette confusion sanglante, pour ne pas choir dans cet abîme béant, il n’existe d’autre recours, d’autre issue, d’autre salut que le socialisme. » (Rosa Luxembourg, Que veut la Ligue Spartakiste ?)

« Le spectacle ne cache pas que quelques dangers environnent l’ordre merveilleux qu’il a établi. La pollution des océans et la destruction des forêts équatoriales menacent le renouvellement de l’oxygène de la Terre ; sa couche d’ozone résiste mal au progrès industriel ; les radiations d’origine nucléaire s’accumulent irréversiblement. Le spectacle conclut seulement que c’est sans importance. Il ne veut discuter que sur les dates et les doses. Et en ceci seulement, il parvient à rassurer ; ce qu’un esprit pré-spectaculaire aurait tenu pour impossible. » (Guy Debord, Commentaires sur la société du Spectacle)

L’épidémie de Coronavirus est actuellement perçue tantôt comme une catastrophe sanitaire majeure, tantôt comme un leurre tendu pour détourner l’attention des populations sur l’effondrement imminent du système capitaliste international. Il est toujours risqué de dresser le bilan d’un phénomène lorsque celui-ci n’en est qu’à ses prémices. Cependant, l’expérience récente nous permet d’ores et déjà d’esquisser certaines pistes de réflexion : l’Histoire se chargera de trancher.

Tout débute en Chine. L’Histoire, vieille farceuse, nous apprend que le premier cas fut un homme de cinquante-cinq ans tombé malade le 17 novembre 20191 : un an, jour pour jour, après le début du mouvement des Gilets Jaunes. Le 16 mars 2020, le Président de la République annonce que la « France est en guerre » et ordonne le confinement général des populations pour une durée de quinze jours minimum : un an plus tôt, des dizaines de milliers de Gilets Jaunes occupaient les Champs-Elysées.

Nous nous permettrons donc d’utiliser ces étranges coïncidences chronologiques pour analyser rapidement le Coronavirus à l’aune du mouvement des Gilets Jaunes ; les deux événements se répondent et se jugent l’un l’autre. Tentons de rapporter méthodologiquement la crise du Coronavirus à la lutte des classes en France, une approche que certains idéologues jugeront ridicule, ringarde ou tronquée. C’est pourtant bien sur le terrain de la lutte des classes que la crise actuelle du Covid-19 devient intelligible…

« Dans toute statistique, l’inexactitude du nombre est compensée par la précision des décimales » (Alfred Sauvy)

La crise du Coronavirus n’est pas un simple épisode épidémiologique. L’erreur commune consiste à s’arrêter à cet aspect pour s’alarmer de la vitesse de propagation du virus et sur le nombre de morts qu’il provoque. L’erreur dissidente – mais qui n’est que le décalque de l’erreur commune – réside dans l’examen scrupuleux des données statistiques pour démontrer que l’impact réel du virus reste purement anecdotique.

L’étude de l’acte I des Gilets Jaunes constitue l’exemple parfait de l’impasse où mène toute tentative de saisir le réel par les seuls chiffres. Après avoir compilé les données officielles du mensonge étatique, les projections statistiques, les corrélations les plus diverses ; après avoir dépouillé la presse régionale, dressé la carte des points de blocages et des lieux de rassemblement, comparé lesdites informations avec les chiffres établis par les préfectures, on pouvait parvenir à la conclusion suivante : nul ne connaît la participation réelle des Gilets Jaunes à ce qui devait devenir l’acte I de leur mouvement de contestation sociale.

L’échec apparent de cette étude est cependant riche d’enseignement. L’intensité d’un événement, son ampleur historique, ne réside pas dans la masse de ceux qui y participent mais dans l’adéquation de la foule aux réalités de l’instant. Ainsi, chercher à saisir le réel à travers les statistiques, alors même que celles-ci procèdent d’institutions publiques dont il est impossible de s’assurer de la sincérité (et dont on pourrait même dire, avec un peu d’esprit critique, qu’elles parlent structurellement le langage du faux), revient à baser sa perception du réel sur une simple apparence de rigueur.

Quoique nous ne disposions sans doute pas de données fiables à propos du virus Covid-19, les chiffres officiels, lorsqu’on les lit avec attention, nous permettent d’établir un taux de létalité au 26 mars de 5,81% pour la France2. Autrement dit, sur le nombre total de cas confirmés seulement 5,81% des personnes malades sont décédées. Sachant que cette maladie touche moins de 30.000 personnes, nous comptabilisons aujourd’hui 1696 décès. Certes, chaque mort est une tragédie, mais les journalistes menteurs se gardent de nous préciser que nous comptons chaque année 600.000 morts et que la grippe annuelle est directement ou indirectement responsable, chaque année, de plusieurs milliers de décès3. Or, aucun homme politique n’aurait osé mettre le pays à l’arrêt et ordonner le confinement des populations civiles pour une simple épidémie de grippe.

Monsieur de Girardin popularisa la formule « Gouverner, c’est prévoir »4 ; l’expérience nous prouve que le gouvernement français, incapable de saisir les ressorts profonds qui sous-tendent les équilibres mondiaux est bien incapable de prévoir quoique ce fût : sa panique lors de l’insurrection des Gilets Jaunes le prouve amplement. Prêter à Emmanuel Macron un souci de prévision lorsqu’il décida de fermer les écoles puis de boucler le pays c’est méconnaître le peu d’intelligence pratique du gouvernement français et c’est surestimer son pouvoir d’autodétermination et de décision efficiente, un pouvoir illusoire structurellement dicté par le rapport social capitaliste mondial. Si une telle décision fut prise ce n’est pas pour freiner la propagation de l’épidémie5, c’est ailleurs qu’il nous faut chercher la cause profonde de la décision de placer le pays en état d’urgence sanitaire, de restreindre drastiquement la liberté de circulation et de proscrire le libre-exercice des libertés publiques, un ailleurs qui a peut-être à voir avec la lutte des classes et l’immense contestation sociale dont la France a été dernièrement le terrain de lutte…

Wuhan-4000 en l’an 2020…

La crise du Covid-19 débuta en Chine. Nul doute que son origine géographique commande largement les raisons de l’emballement médiatique et politique provoqué par ce virus. Si un virus pulmonaire était apparu au Bhoutan, au Paraguay ou au Kirghizistan, les journaux télévisés n’en auraient pas parlé, privilégiant les reportages bourgeois débiles dans les stations de ski. La chose n’aurait fait l’objet que d’études savantes dans les diverses revues scientifiques et médicales ; le Président de la République lui-même n’en aurait probablement jamais entendu parler.

En revanche, l’apparition subite d’un virus étrange en Chine intérieure, dans la ville de Wuhan, à la confluence de la rivière Han et du Yangzi (le Fleuve Bleu), cœur de la Révolution chinoise de 1911, provoqua une onde de choc qui commença par paralyser l’économie chinoise puis démontra aux yeux du monde la fragilité des puissances européennes, incapable d’enrayer un virus et assistant sans rien faire à l’effondrement de leurs marchés financiers.

Là encore, c’est méconnaître le ressort profond de la crise de Wuhan. Cette ville n’est pas une simple capitale provinciale, comme Nevers l’est pour le Nivernais ou La Rochelle pour l’Aunis ; Wuhan est un centre industriel majeur de l’économie chinoise. Avec ses onze millions d’habitants, elle est la septième ville la plus peuplée du pays et le cœur de l’industrie sidérurgique de la Chine grâce au combinat Daye ; Peugeot-Citroën y possède une usine d’assemblage d’où sortent chaque année, depuis 2013, 600.000 véhicules. Si nous raisonnons en Français, cette ville est celle qui reçoit le plus d’investissements en provenance de notre pays pour la Chine6.

Les vilains complotistes (ceux qui osent diaboliquement critiquer les prétendues vérités des discours officiels) insistent sur la présence dans cette ville d’un important laboratoire de virologie. Fondé en 1956, le laboratoire de microbiologie de Wuhan s’est doté avec la collaboration de la France en 2015 d’un laboratoire P47, le premier en Chine. Le 23 février 2017, c’est le Premier ministre français, Bernard Cazeneuve, qui présida la cérémonie d’accréditation du laboratoire P4 de Wuhan. Voici quelques extraits du discours prononcé à cette occasion :

« Car le dérèglement climatique, la mondialisation des échanges, l’accroissement de la mobilité des personnes, des espèces animales et des denrées alimentaires ne connaissent pas de frontières. La France et le monde ont été confrontés, au cours des dernières années, à des crises sanitaires majeures, qui représentent un défi grandissant pour la communauté internationale. […] Parce que les crises sanitaires portent avec elles des risques considérables de déstabilisation économique, sociale et politique, nous devons agir au niveau international en nous dotant d’une gouvernance solide. »

Prenant acte que la mondialisation capitaliste constitue potentiellement un risque sanitaire majeur pour les populations, le Premier ministre français, loin d’en tirer la conclusion logique – un ralentissement politique de l’intensité des échanges internationaux pour se prémunir contre une éventuelle épidémie – préfère projeter sur une « gouvernance solide » sa propre incapacité à agir. Cet appel permanent à la « gouvernance mondiale », davantage qu’un projet ourdi dans les arrières-loges de sectes illuministes, procède directement d’une nécessité capitaliste structurelle et témoigne également de l’effondrement moral des classes dominantes, avides de jouir d’un pouvoir illusoire tout en fuyant les responsabilités qu’il pourrait engendrer.

Deux événements peuvent nous faire sourire.

Le premier fut la publication en 1981 par Dean Koontz, célèbre auteur américain de science-fiction, d’un roman intitulé The Eyes of Darkness. Dans la version originale de ce roman, un virus intitulé le Gorki-400 sévit dans le monde en 2020 : « In around 2020 a severe pneumonia-like illness will spread throughout the globe, attacking the lungs and the bronchial tubes and resisting all known treatments »; en 2008, une nouvelle edition de ce roman parait et le Gorki-400 est remplacé par le Wuhan-4000 : « They call the stuff Wuhan-4000 because it was developed at their RDNA labs outside of the city of Wuhan, and it was the four-hundredth viable strain of man-made micro-organisms created at that research center ». Si la version originale s’appuyait sur un virus élaboré dans un laboratoire soviétique, la nouvelle édition de 2008 (douze ans avant les faits et neuf ans avant l’ouverture officielle du laboratoire P4) a de quoi intriguer.

Le deuxième fait qui peut nous étonner c’est la présence, lors de la cérémonie présidée par Monsieur Bernard Cazeneuve, du Directeur-général de l’INSERM, Monsieur Yves Lévy lequel n’est autre que Monsieur Buzyn à la ville… Peut-être que les remords8 de celle qui fut ministre de la santé avant de briguer, sans succès, la mairie de Paris, s’expliquent par des conversations sous l’oreiller ?

Ces diverses théories vilainement complotistes (pas bien !) occultent l’essentiel, à savoir que la crise sanitaire a débuté dans l’atelier du monde, dans un centre industriel majeur et qu’en dépit de son poids économique la Chine fut incapable d’enrayer la propagation du virus sans recourir à des méthodes archaïques qui n’auraient sans doute pas détonné dans la Chine de Mao Zedong.

Le traitement de la crise sanitaire par la Chine nous permet de saisir la réalité de la puissance chinoise. La vague de contestations qui traversa la province de Hubei suite à l’arrestation des médecins toucha d’abord les représentants locaux du Parti avant de devenir une critique de l’attitude du gouvernement central. Nous nous plaisons à voir dans la Chine un rival de la puissance américaine ; la vérité est toute autre, l’apparente puissance chinoise découle simplement de son rôle de pays-atelier. La Chine est indispensable à l’économie mondiale en raison de l’immense réservoir de main-d’œuvre qu’elle abrite et par la férocité de son système répressif. La déstabilisation opérée dans le territoire de Hong-Kong9 a montré les faiblesses du gouvernement chinois ; la gestion de la crise du virus a démontré ses carences10.

Il est aisé d’imaginer la peur qui s’empara de la fraction la plus concentrée du Capital international lorsque la Chine se mit à toussoter un peu trop fort. Davantage que le nombre de morts ou la fragilité du système sanitaire chinois, c’est bien le risque pour la stabilité du régime qui provoqua la panique. Le Premier ministre français nous l’avait bien dit : « les crises sanitaires portent avec elles des risques considérables de déstabilisation économique, sociale et politique ».

La Chine a toussé, l’économie mondiale s’est alitée… et la France ?

État d’urgence sanitaire : la peur du virus remplace celle des attentats ?

Nous pouvons dire que la crise du Coronavirus prend symboliquement le relais de la crise des Gilets Jaunes ou achève définitivement ce qu’il restait du mouvement. Depuis le coup d’État opéré en faveur d’Emmanuel Macron en 2017, l’erreur des analystes est de croire que la vie électorale continue : les élections européennes et les élections municipales apparaissent comme un simple jeu de duperie sans la moindre incidence ni conséquence sur le réel, la « poudre de perlimpinpin » de l’actuelle mystification démocratique. Le maintien du premier tour et le report du second tour des élections municipales nous démontre le peu de cas qu’il faut faire de l’imposture de la démocratie du Capital et des élections en période de crise systémique et structurelle.

Les grèves sectorielles opérées depuis décembre dernier, les élections et les diverses rivalités partisanes sont comme les ombres d’un monde défunt. En période de crise systémique, la théâtrocratie devient de plus en plus burlesque, grotesque et comique. L’aveu terrible de Lionel Jospin sur le caractère théâtral de l’antifascisme de la Gauche du Capital tend à s’appliquer à l’ensemble de l’univers politique : le caractère de plus en plus aigu de la crise met à nu les fausses oppositions, les rebelles en carton-pâte et les révolutionnaires modérés, tous les Goldstein d’opérette mis en scène par le Spectacle de la marchandise…

Faute de pouvoir jouer sur le jeu des alternances, le système plaide pour le renouvellement de l’Union sacrée. Ils ont déjà usé de ce subterfuge trompeur lors des attentats qui frappèrent la France avant11, pendant12 et immédiatement après la présidence de François Hollande13. La pitoyable prestation de Marine Le Pen lors du débat d’entre-deux-tours dispensa Macron de faire appel au barrage républicain (autre forme d’union sacrée) et le mouvement des Gilets Jaunes démontra l’impossibilité de ressusciter une union sacrée sous sa forme primitive. Il fallait opérer un saut qualitatif : trouver l’ennemi susceptible de couvrir les fractures de plus en plus profondes au sein de la société française.

Le terrorisme islamique constituait une forme particulièrement angoissante de guerre de basse intensité pour étouffer la contestation sociale et mater la lutte des classes. Toutefois, il ne pouvait justifier à lui seul des mesures de confinement. Bien plus, une politique aussi répressive des libertés publiques au nom de la lutte contre le terrorisme aurait entraîné la montée d’un ressentiment contre les populations issues de l’immigration, prélude à une guerre civile, situation par nature incontrôlable. A moins que cette stratégie du choc ne soit également une option envisagée par le Capital et les classes dominantes qui le personnifient ?

Le virus présente l’avantage d’être diffus dans la population ; toute personne peut être touchée et transmettre à son tour la maladie. La guerre civile classique oppose des camps définis ; la guerre civile virale permet quant à elle de restituer une forme nouvelle de « guerre de tous contre tous » (selon la célèbre expression de Hobbes dans le Léviathan), une nouvelle forme d’hostilité collective désocialisante, précisément car nous devenons ainsi tous individuellement des « criminels » en puissance. La crise virale permet d’achever le processus d’individualisation et d’atomisme social des sociétés capitalistes modernes, nouvelle étape d’un capitalisme décidément très fort pour rebondir et se restructurer : ne pouvant faire confiance à personne, l’individu doit s’en remettre seulement à l’État. De l’homme-citoyen, nous avons glissé à l’homme-consommateur ; la crise virale constitue une tentative inconsciente pour faire basculer l’individu dans l’homme-patient, être infantilisé et tributaire de la science des blouses blanches qui deviennent les nouveaux experts (remplaçant les économistes), experts dont on sait avec Debord qu’ils sont les agents inconscients de l’entreprise spectaculaire de falsification du réel, les chiens de garde du système capitaliste avec les journalistes : « Tous les experts sont médiatiques-étatiques, et ne sont reconnus experts que par là. Tout expert sert son maître, car chacune des anciennes possibilités d’indépendance a été à peu près réduite à rien par les conditions d’organisation de la société présente. L’expert qui sert le mieux, c’est, bien sûr, l’expert qui ment. » (Debord, Commentaires sur la société du spectacle)

Emmanuel Macron nous avait prévenus : « Ils sont là. Ce sont eux nos vrais ennemis, puissants, organisés, habiles, déterminés. Vous les croisez dans les rues, dans les campagnes, ou sur la Toile, bien souvent masqués, aussi haineux que lâches. Vous les connaissez, le parti des agents du désastre, les instruments du pire… »14 ; l’antifascisme de la Gauche du Capital est du théâtre, le virus prend le relais des factieux et d’ailleurs le vocabulaire démocratique bourgeois bien-pensant nous y avait préparés : ne parlait-on pas de « peste brune » de « lèpre fasciste » et autres comparaisons médicales pour diaboliser le mouvement (jadis ?) prolétarien des Gilets-Jaunes ?

Il est frappant de constater qu’un étrange virus a permis au gouvernement de s’arroger les pleins pouvoirs ; la peur provoquée par et entretenue par les médias, relayée par les blouses blanches, a donné aux différents gouvernements la légitimité apparente pour prendre des mesures coercitives et liberticides sans précédents depuis la guerre. Aucun attentat n’aurait pu justifier dans l’esprit des populations qu’il soit nécessaire de remplir une attestation pour aller promener son chien ou chercher sa baguette. De la même manière, il était difficile de prétendre lutter contre la résurgence du fascisme en ordonnant le confinement des populations et en suspendant l’exercice des libertés publiques (cela eut été une contradiction orwellienne trop dure à faire spectaculairement accepter…).

Le Covid-19 constitue donc le « grand alibi », la raison qui permet aux pouvoirs établis de se faire conférer par une population abrutie sous le coup de la propagande spectaculaire et sanitaire les pleins pouvoirs. La décision prise par Emmanuel Macron le 16 mars 2020 constitue donc un coup d’État institutionnel ; l’autorité légale s’arroge unilatéralement, pour faire face à l’urgence, le droit de suspendre sur l’ensemble du territoire, pour une durée illimitée et sans autre justification que la présence d’un agent pathogène, les libertés publiques. Nul ne doute que notre président aurait aimé le faire un an plus tôt en réponse à l’insurrection parisienne sur les Champs-Élysées ; le faire à ce moment-là aurait constitué un acte de guerre, aujourd’hui, il peut réaliser son coup d’État avec la bénédiction des populations. Le système capitaliste spectaculaire-marchand est décidément très très fort pour tout renverser et tout absorber…

La peur de la mort au mépris de la vie constitue une caractéristique des sociétés mourantes. Les populations admettent de rester confinées chez elles ; elles consentent à ne plus sortir alors que le Printemps pointe le bout de son nez ; elles fuient la vie et le grand air et se consolent en se disant qu’elles font la guerre au virus. Qu’il est loin le temps où les bourgeois des centres-villes s’imaginaient soldats lorsqu’ils sirotaient en terrasse après les attentats de Charlie Hebdo ! En cinq ans, nul n’aurait cru qu’un bobo armé d’une bière puisse nous apparaître comme un combattant ; or, nul ne peut nier qu’être attablé à la terrasse d’un bistrot est plus risqué que de rester tapi chez soi. L’attitude de la petite et moyenne bourgeoisie après les attentats de 2015 nous paraissait risible ; l’acceptation unanime du confinement par les populations françaises doit nous faire désormais frémir. L’unanimité collective est rarement porteuse de vérité et le délire hystérique et collectif actuel a toutes les raisons de ne pas nous inspirer confiance…

Le Covid-19, un vaccin anti-Gilets Jaunes ?

C’est un postulat qui ne peut s’appliquer qu’à la France.

L’attitude des gouvernements occidentaux, larbins du Capital, est sans doute dictée par le tremblement économique et financier ; en France, la crise sociale augurée en 2018 rajoute un élément dans la balance.

Depuis le 31 décembre dernier, la bourse de Paris a perdu le tiers de sa cotation, situation analogue aux autres bourses mondiales. Le cours du baril de pétrole est passé de 75,6 dollars le 6 janvier dernier à 27,21 dollars le 20 mars. Les banques centrales abaissent toutes leur taux directeur afin d’éviter un assèchement du secteur interbancaire ; les banques referment peu à peu, subrepticement et sans mot dire, le robinet du crédit. Nous allons au-devant d’une congestion de l’économie mondiale : l’arrêt brutal de l’activité économique nous offre un court répit en n’ajoutant pas au krach une crise de surproduction. On vient d’apprendre également que la FED rachetait en masse des entreprises privées américaines (voir le Figaro économie du 23 mars 2020), Les rachats de créances d’entreprises privées s’accompagnent de nationalisations opérées par les banques centrales. Ne serait-ce pas là la prise de contrôle achevée des États, désormais tous de simples exécutants du Capital et du cartel bancaire mondial ? Ne serait-ce pas là la prolétarisation achevée des masses par la déstructuration-restructuration étatisée des petites et moyennes entreprises ? Ne serait-ce pas l’indice de l’achèvement de l’arraisonnement du réel par le Capital ? La FED semblerait ainsi accomplir le communisme vulgaire universel décrit par Marx dans les Manuscrits de 1844 (ou capitalisme d’État mondial), « l’ignominie de la propriété privée » devenant communauté universelle, une sorte de fusion parfaite entre un capitalisme d’État version bolchévique et un capitalisme libéral-protestant à l’anglo-saxonne.

Le mouvement des Gilets Jaunes rassemblait un grand nombre de profils sociaux distincts. Toutefois, il était possible d’identifier certains dénominateurs communs : l’appartenance à la France périphérique, l’agacement contre l’accroissement des taxes et des impôts, la révolte contre le mépris et la domination de classe, la volonté radicale (pour certains) de vraiment abolir le système… C’était la réaction de ce que Macron avait pu nommer « Le Gaulois réfractaire ». La décision de confiner les populations constitue ainsi une réponse à la France des Gilets Jaunes ; l’hystérie médiatique à propos du Coronavirus est la suite logique de la couverture journalistique et de la falsification spectaculaire du mouvement des Gilets Jaunes. Le traitement de la crise sanitaire procède directement de la réaction du gouvernement face à la crise sociale des Gilets Jaunes. Autrement dit : le Covid-19 est l’arme parfaite pour étouffer la contestation sociale et prolonger la domination de classe en achevant le mouvement prolétarien. Le Covid-19 achève de tuer les Gilets Jaunes, jadis mouvement prolétarien authentiquement contestataire et devenu, au fil des semaines, complètement récupéré et absorbé par la Gauche du Capital et l’antifascisme de la démocratie marchande.

Tout d’abord, il peut apparaître étonnant de décider le confinement des populations pour lutter contre un virus. Une écoute attentive des médias permet de comprendre la raison profonde de cette décision : les hôpitaux (considérablement abimés par la politique Macron) sont dans l’incapacité de faire face à une crise sanitaire de grande ampleur. La crise du Covid-19 est donc avant tout la crise de la gestion de l’hôpital public ; la recherche d’une rentabilité maximale, la réduction du nombre de lits d’hôpitaux15, le numerus clausus et le faible niveau de rémunération des infirmiers et des divers personnels hospitaliers favorisaient mécaniquement les conditions d’apparition d’une crise sanitaire : la recherche de l’optimisation budgétaire trouvait une illustration presque caricaturale dans la gestion des stocks de masques, dénoncé par un sénateur dès 200916. Dans l’actuelle société du Spectacle, on s’amusera de voir des personnels soignants désormais médiatiquement considérés par les chiens de garde du système comme des « héros », alors même qu’il y a encore quelques semaines ils étaient gazés sans ménagement par les lacrymogènes des CRS de Macron pour avoir osé protester contre la destruction du service public et la dégradation objective de leurs conditions de travail… Décidément, le système est très fort pour tout récupérer et tout renverser…

La crise sanitaire actuelle est également la matérialisation tangible de l’échec de la conception idéologique managériale appliquée à l’hôpital. Bien plus, cette crise porte en germe une remise en cause globale de la justification mensongère de l’État. Bien plus encore, cette crise est le nouveau masque pris par le Capital pour finir de digérer les derniers mois de révolte prolétarienne en France. Alors que tout Gilet Jaune constate l’emprise grandissante de l’État dans sa vie quotidienne de manière explicite17 ou implicite18 et que cette emprise se ressent dans son budget, il ne perçoit plus ce qui légitime pareille ponction…

Jusqu’à maintenant, la justification de ces impôts résidait dans le fait que nous disposions d’un système de protection sociale parmi les plus avantageux du monde.

Or, la crise du Coronavirus démontre qu’en dépit de prélèvements fiscaux sans cesse croissants, la qualité réelle des services publics baisse objectivement. Bien plus, à mesure que le niveau de la dépense publique augmente, les Français découvrent que les gouvernements successifs n’ont pas cessé de tailler dans les budgets de l’hôpital. Ainsi, la crise sanitaire matérialise la rupture entre l’État et la société ; l’État apparaît de plus en plus comme une simple pompe aspirante, un vampire drainant à son profit les richesses produites et ne formant plus que le bras armé de la fraction la plus concentrée du capital, une « excroissance parasitaire » pour reprendre l’expression de Marx dans La Guerre Civile en France (voir citation en exergue). L’État n’a jamais rien été d’autre qu’une machine d’oppression capitaliste, une structure parasitant le corps social au service de la domination de l’équivalent général abstrait des marchandises cherchant son accroissement. Par ailleurs, l’État se révèle incapable d’assurer la sécurité sanitaire des populations autrement qu’en exigeant le confinement ; il demande donc aux gens de réagir comme si l’État n’existait pas (une demande anticipant sa propre disparition ?), comme si l’hôpital et la médecine n’existaient pas. La crise du Covid-19 (cet étrange virus dont on peut se demander s’il ne sort pas d’un laboratoire secret du Capital pour liquider la population excédentaire) est donc aussi la crise de l’État-sanitaire, mais cette crise n’est pas simplement la crise d’une dimension particulière de l’intervention étatique, elle peut également entraîner la remise en cause globale du consentement à l’impôt19, elle porte ainsi en germe la négation même de la légitimité de l’État. Avec un peu d’emballement, de projection historique et d’anticipation dialectique, nous pourrions dire que la disparition progressive de l’État (ce dont parlait Engels dans L’Anti-Dühring) est un processus désormais bien amorcé annonçant le communisme, à moins que le capitalisme n’y trouve là diaboliquement son compte (on pourrait en effet imaginer que la disparition de l’État, par un nouveau tour de magie dont le Capital a le secret, viendrait ultimement servir les intérêts du Capital et constituer sa nouvelle métamorphose de domination, le Capital ayant plus d’un tour dans son sac pour réussir à se sortir de situations difficiles afin de persévérer dans l’être…).

En outre, la crise du Covid-19 a permis à tout le monde d’identifier les activités économiques productives ainsi que les commerces de première nécessité ; il est drôle de retrouver dans les diverses listes figurant dans les annexes des décrets et des arrêtés pris par le pouvoir réglementaire, une multitude de profession au profil très « Gilets Jaunes ». Il y a décidément beaucoup de choses étranges autour de nous…

Bien plus, les mesures de confinement mettent en avant le fait que certaines activités ne peuvent pas s’exercer en télétravail et qu’il est impossible de gérer une crise sanitaire en ne recourant qu’à des serveurs et à des interfaces internet ; le mirage du « tout numérique » apparait donc comme un pieux rêve. Des pans entiers de l’économie productive – hors services – sont entièrement tributaires de la présence physique des salariés. Pour ces secteurs, le confinement ne peut prendre d’autre forme que la mise en chômage technique des salariés ; à brève échéance, des dizaines de milliers d’entreprises se retrouveront dans une situation absolument dramatique20. Autrement dit, la gestion gouvernementale emporte symboliquement la mise à nu de l’absurdité de la politique libérale en matière sanitaire ; elle porte également le baiser de la mort à des pans entiers de l’économie productive, ce qui risque de transformer en futurs Gilets Jaunes des indépendants et des commerçants qui se montrèrent tantôt sceptiques, tantôt hostiles, lorsque les manifestants nuisaient à leurs chiffres d’affaires. Ils vont découvrir que deux semaines (et peut-être davantage) de confinement déclenché de manière autoritaire21 par un gouvernement aux abois constituent une violence d’un autre ordre que quelques heures de manifestation hebdomadaire dans le centre-ville des grandes métropoles.

Enfin, plusieurs événements, relayés sur internet, montrent que si le confinement est bien suivi par la population, deux groupes se distinguent clairement par la désinvolture avec laquelle ils traitent les directives gouvernementales.

Tout d’abord, les populations du lumpen-prolétariat racailleux des banlieues immigrées. Les preuves abondent : pillages de magasins, rodéos de scooters dans les rues désertes, tournages de clips de rap décérébré ne pouvant pas être reportés (et autres joyeusetés du même genre). Lorsque des policiers tentent de disperser un groupe de « jeunes » rassemblés à Noisy-le-Grand, ceux-ci répliquent au mortier :

« Dans les quartiers de Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis, entre les «immeubles camembert» dessinés il y a trente ans par Ricardo Bofill, les «arpenteurs» – médiateurs de rue – sillonnent la commune pour demander aux jeunes de rester chez eux. La veille au soir, des tirs de mortier ont visé les forces de l’ordre qui patrouillaient dans le quartier du Pavé neuf. Les dealers ont cassé des lampadaires pour pouvoir continuer dans l’ombre leur business perturbé par le Covid-19. » (Le Figaro, 21 mars 2020)

Dans plusieurs « quartiers sensibles » des émeutes éclatent dans la soirée du mardi 17 mars pour briser le confinement… Les racailles de banlieue ont démontré qu’elles étaient vraiment hors-la-cité ; leur non-participation aux Gilets Jaunes, loin d’être un soutien implicite22, constituait l’affirmation que les populations délinquantes du lumpen-prolétariat restaient étrangères au corps social travailleur et ouvrier. L’attitude irresponsable des allogènes, au regard des prescriptions gouvernementales, ne s’accompagne d’aucune réelle réplique de la part de l’État ; où sont les gendarmes et les policiers nécessaires pour faire appliquer le confinement dans les banlieues, lesquelles sont parfois, du reste, de véritables enfers sanitaires23? Les populations criminogènes de banlieue constituent, à l’évidence, une arme anti-prolétarienne de la domination de classe et le « deux poids deux mesures » en matière de confinement n’est que la suite logique du « deux poids deux mesures » en matière de répression étatique. Lorsque Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, déclare que « ce n’est pas une priorité » de faire strictement respecter le confinement dans « les quartiers » (Le Canard enchaîné, 25 mars 2020), c’est bien parce que la vraie « priorité » du pouvoir est ailleurs, à savoir dans le « domptage » des Gilets Jaunes du prolétariat subversif… Tandis que le Gilet Jaune « gaulois réfractaire » de la France périphérique peut réellement constituer une menace pour le pouvoir de l’argent, le sous-prolétariat racailleux de cité est en parfaite adéquation avec la logique prédatrice de nos charmantes classes capitalistes, la priorité à « deux vitesses » du confinement étatique prend alors tout son sens. Les bourgeois parisiens libéraux de « l’hypocrite cosmopolitisme bourgeois » (Marx & Engels, L’Idéologie Allemande) et de l’antiracisme à deux vitesses méprisent la France prolétarienne et travailleuse des Gilets Jaunes mais se retrouvent parfaitement dans l’adoration de la « tune » et du « trafic » du lumpen-prolétariat racailleux des banlieues. Seuls les Gilets Jaunes ont eu droit dernièrement aux tirs de LBD tandis que les banlieues racailleuses ont été curieusement épargnées par l’État lors des dernières émeutes de cité. Il n’y a pas de coïncidence pour celui qui se souvient de l’alliance structurelle objective décrite par Marx et Engels (notamment dans Les luttes de classes en France) entre le sous-prolétariat criminel et l’État du Capital, alliance d’union contre le prolétariat (ce que la photo d’Emmanuel Macron avec deux vulgaires braqueurs en octobre 2018 avait parfaitement illustré).

Ensuite, vient cette catégorie de la population constituée des couches supérieures de la stratification sociale (la fraction haute de la moyenne bourgeoisie) et les rentiers-retraités (boomers) qui ont vu dans le coronavirus l’occasion pour s’offrir des vacances bourgeoises sur la côte. L’arrivée subite des parisiens dans les stations balnéaires de Bretagne démontra le peu de cas des électeurs de Macron24 pour les directives gouvernementales : le confinement, c’est pour les loqueteux ! Dans cette catégorie de la population (cadres et hauts fonctionnaires, adeptes du télétravail), le soutien idéologique au confinement s’accompagne souvent d’un complet mépris dans le suivi des règles prescrites par le gouvernement. Ils peuvent simultanément dire qu’ils profitent de ces vacances forcées pour faire plusieurs dizaines de kilomètres en vélo pour lâcher la pression tout en étant des consommateurs frénétiques de gel hydro-alcoolique…

Quant aux boomers, ils sont heureux de se donner bonne conscience en étant, pour la première fois de leur vie, de potentielles victimes d’une guerre ; le taux de mortalité chez les plus de soixante ans est cinq à six fois plus élevé que celui des moins de trente ans. Ils peuvent donc exiger qu’on mette l’économie à l’arrêt et qu’on interdise aux jeunes – ces fainéants – de sortir, pourvu qu’on leur permette de mourir autrement qu’en service de réanimation. Tout observateur constate qu’ils sont eux-mêmes peu enclins à respecter le confinement lorsque leur petit confort est menacé ; ils ont donc pris le parti, comme les bourgeois, de filer lorsqu’ils le pouvaient vers un petit coin de paradis en province.

Nouvelle étape de la mystification démocratique du Capital, le discours guerrier de Macron ne doit pas faire illusion. Le virus (peut-être instrument capitaliste de liquidation de la population prolétarienne excédentaire) n’est au final qu’un prétexte idéologique ; au lieu de Pearl Harbor, Macron a le Covid-19, on a le cassus belli qu’on peut… La guerre, il la mène depuis le début contre la France prolétarienne des Gilets Jaunes, la guerre, il la mène contre le prolétariat tout en exigeant que les Gilets Jaunes soient en première ligne pour préserver les intérêts de ceux qui ne sont pas simplement des ennemis de classe mais des monstres et des assassins du Capital, des larbins de l’ordre social marchand ; dans cette guerre, voyous, criminels et boomers formeront l’Arrière, ce camp que Bernanos dépeignait simplement comme « le Derrière, le gigantesque séant élargi aux proportions de l’Arc de Triomphe… »25 et voilà des années qu’ils vont à la selle et qu’ils se vident sur ceux qui les nourrissent… Jusqu’à quand ?

Cercle Marx, 26 mars 2020

« Mais la lutte reprendra sans cesse, avec une ampleur toujours croissante, et il ne peut y avoir de doute quant au vainqueur final – le petit nombre des accapareurs, ou l’immense majorité travailleuse. Et la classe ouvrière française n’est que l’avant-garde du prolétariat moderne. »
(Marx, La guerre civile en France
)

1« Coronavirus : China’s first confirmed Covid-19 case traced back to November 17 » (South China Morning Post, 13 mars 2020, en ligne).

2 Méthode de calcul du taux de létalité : Nombre de décès / Nombre de cas confirmés x 100 = 1696 / 29155 x 100 (chiffre France le 26 mars 2020).

3 « La grippe saisonnière touche chaque année 3 à 8% de la population française. Elle tue à elle seule environ 2.000 personnes par an en France, et aggrave l’état de santé des personnes fragiles. Un excès de 18.300 décès (chez des personnes âgées de plus de 65 ans dans 90% des cas) a été enregistré l’hiver dernier pendant l’épidémie, qui dura neuf semaines (de mi-janvier à mi-mars) ; 2,9 millions de personnes ont consulté pour un syndrome grippal, 30.000 sont allées aux urgences pour une grippe. Au-delà de leur impact sanitaire, les épidémies saisonnières de grippe ont des conséquences économiques importantes, générant dans notre pays un absentéisme de 2 à 12 millions de journées de travail selon leur ampleur » (source : Institut Pasteur, Journal de la Recherche, « La grippe sous haute surveillance », 21/11/2017, en ligne).

4 L’expression est plus ancienne (cf. Le Courrier Français, 28 mars 1831) mais c’est lui qui lui donna sa formulation définitive : « Gouverner, c’est prévoir. Ne rien prévoir, ce n’est pas gouverner, c’est courir à sa perte » (Les Cinquante-Deux, 1849).

5 Les données officielles montrent clairement que le confinement accroît la proportion de décès chez les cas de confirmés. Le taux de létalité est passé, en Italie, de 5,04% le 9 mars (veille de la quarantaine) à 8,57% le 20 mars ; en Espagne, le taux est passé de 2,54% le 12 mars (veille de la quarantaine) à 5,10%.

6 « Wuhan absorbs most French investment in China » (People Daily, 25/10/2005).

7 Dernière classe des agents pathogènes, les P4 sont principalement des virus provoquant des fièvres hémorragiques (ex : Ebola) ou propageant des maladies infectieuses à forte mortalité (ex : variole).

8 Confession dans le journal Le Monde en date du 17 mars 2020.

9 Dont nous n’avons plus de nouvelles depuis début janvier…

10 Il convient de prendre avec des pincettes les chiffres fournis par la Chine. Officiellement, le 20 mars, les autorités sanitaires chinoises recensaient 81.013 cas pour l’ensemble du pays (67.800 pour la seule province de Hubei) et 3255 décès (3139 pour la seule province de Hubei) soit un taux de létalité de 4,02% (4,62% pour Hubei).

11Episode Mohammed Merah (11-21 mars 2012).

12 On songe, évidemment, aux tueries de 2015 mais il y en eut également en 2013 (tentative d’égorgement d’un militaire à la Défense le 25 mai), en 2014 (attaque du commissariat de Joué-les-Tours), en 2016 (camion-bélier à Nice et assassinat d’un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray)…

13 L’attentat contre le marché de Noël de Strasbourg provoqua une prise de conscience réelle du caractère spectaculaire des attentats islamiques dans les rangs des Gilets Jaunes.

14 Emmanuel Macron, Discours du 1er mai 2017 (Paris – La Villette).

15 « Entre 2000 et 2015, le nombre de lits d’hôpitaux en France a diminué de 15%, écrit l’OCDE dans une étude réalisée avec la Commission européenne » (France Info, « Diminution du nombre de lits à l’hôpital mais hausse de la population », 24/11/2017, en ligne).

16 « Chronique d’une pandémie annoncée : la gestion du « stock national santé » par l’EPRUS » (Rapport d’information n°388 2008-2009 déposé par M. Jean-Jacques Jégou le 6 mai 2009). Le rapport mentionne que le Haut conseil de la santé publique indiquait, dans un avis du 5 septembre 2008, qu’« aujourd’hui la probabilité de survenue d’une pandémie est élevée sans qu’il soit possible d’en prédire la date de survenue et son intensité ».

17 Ex : le prélèvement à la source a entraîné une baisse visible du niveau de vie

18 Ex : la prévention routière comme gigantesque racket opéré par l’État sur les automobilistes

19 Le rapport d’information déposé par Didier Migaud le 13 mars 2007 « sur le prélèvement à la source et le rapprochement et la fusion de l’impôt sur le revenu et la CSG » indiquait expressément que le prélèvement à la source pouvait avoir une conséquence réelle sur le consentement des contribuables à l’impôt en raison de son caractère automatique.

20 Le projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19, en date du 18 mars 2020, prévoit, en son article 7, d’aménager les délais de paiement des entreprises et surtout de modifier « le droit des procédures collectives et des entreprises en difficulté afin de faciliter le traitement préventif des conséquences de la crise sanitaire » (article 7, I, 1, d).

21 Le samedi 14 mars, le président de l’Union des métiers de l’industrie hôtelière Ile-de-France, se dit choqué de ne pas avoir été consulté ni même informé de la décision prise par le Premier ministre, il précisa même avoir appris cette décision par la presse !

22 Contrairement à l’analyse d’Emmanuel Todd reposant sur le mémoire de recherche d’un certain Yoan Gwilman…

23 A titre d’exemple, le rapport du conseil départemental pour l’année 2013 précisait qu’au cours de l’année, les hôpitaux de Seine-Saint-Denis avaient accueilli 364 patients pour des cas de tuberculose active ou de lèpre contre 124 pour la sclérose en plaque…

24 Résultats d’Emmanuel Macron dans les arrondissements de l’Ouest parisien au premier tour de l’élection présidentielle : 31,60% (VIIe) contre 3,83% pour Marine Le Pen ; 31,73% (VIIIe) contre 4,43% pour Marine Le Pen ; 35,97% (XVe) contre 5,26% pour Marine Le Pen ; 26,65% (XVIe) contre 4,09% pour Marine Le Pen ; 34,46% (XVIIe) contre 4,59% Marine Le Pen.

25 Georges Bernanos, Scandale de la Vérité.