À Guerre de Classe et à son chef…

20/02/2020

Première et humble missive adressée par une épave circulatoire angoissée au « Pôle Relations Extérieures » du seul véritable Groupe d’Intervention Communiste existant dans l’Univers interstellaire de la galaxie cosmique de la sacralité ultime de l’immanence ontologique radicale

« A la suite de cette agitation, la Ligue [Jeune Allemagne] fut dissoute par le gouvernement qui en expulsa les principaux membres. Elle se transforma alors en club de lecture et de chant et put poursuivre sous cette forme une activité révolutionnaire clandestine. » (Auguste Cornu, Karl Marx et Friedrich Engels : leur vie et leur œuvre. Paris, Presses Universitaires de France, 1955, t. I, p. 30.)

Cher Francis Cousin,

Dans une récente vidéo, sobrement intitulée « Autour d’un rendez-vous radical avec l’histoire réelle » et ayant pour sujet « Pourquoi le Capital n’est-il pas immortel ? » vous vous êtes lancé dans une violente charge contre les divers « clubs de lecture » qui selon vous dissimuleraient sous un vernis de préoccupation révolutionnaire la somme des angoisses apeurées d’épaves circulatoires névrotiques. Souffrez qu’une pareille incise peut s’assimiler à un gant jeté au visage et qu’en conséquence, elle mérite d’être relevée.

Vous n’en êtes pas à votre coup d’essai puisque suite à notre réunion consacrée à l’anniversaire des « Gilets Jaunes » vous vous êtes cru autorisé, sans y avoir participé (mais après avoir envoyé 2 de vos commissaires politiques que nous pensions être des camarades), à juger que le travail accompli restait très superficiel, dans « l’écume des choses », en raison d’une « impatience narcissique », résultant directement d’une « existence insipide » laquelle découle naturellement de notre condition « d’épave circulatoire » biberonnée au « crétinisme universitaire ».

Le 16 novembre dernier, à l’occasion du premier anniversaire du mouvement des « Gilets Jaunes », une intervention a été organisée par le Cercle Marx de Nantes autour d’une synthèse écrite sur ledit mouvement des « Gilets Jaunes ». Ce travail reprenait plusieurs dizaines de notes et d’observations prises au fil des semaines depuis le début du mouvement jusqu’à la fin du mois de juin 2019. Nous nous sommes efforcés de sonder les causes d’apparition d’un mouvement que nous espérions tous et qui nous a comblé au-delà de nos espérances les plus folles. Néanmoins, parvenus au seuil de l’été, nous ne pouvions plus ignorer que ce mouvement avait été subverti, vidé de sa substance et complètement retourné.

Notre premier souci a donc été de sonder les causes d’apparition de ce mouvement, les dynamiques qui furent à l’œuvre tout au long des semaines, les réactions des différentes forces sociales afin d’essayer de mettre un peu d’ordre et de raison dans ce que nous avions confusément constaté. Le fruit de ce modeste labeur prit la forme de deux textes :

– Le premier, court et incisif, entendait poser simplement la chronologie des événements afin de replacer les différentes phases de l’insurrection des « Gilets Jaunes » dans le temps et identifier ainsi les instants décisifs.

– Le second, plus ample et sans doute perfectible, se proposait de contextualiser la lutte en partant de la crise économique de 2008, les nécessités pratiques et théoriques qui menèrent à l’élection d’Emmanuel Macron ainsi que l’ensemble des signes avant-coureur des « Gilets Jaunes » sous le quinquennat de François Hollande. Puis, suivant semaine après semaine le déroulé du mouvement des « Gilets Jaunes », nous abordions un certain nombre de thématiques qui toutes visaient à démontrer la radicalité de ce mouvement qui a arraché le masque du mensonge et nous libérant ainsi d’un grand nombre de nos illusions.

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous apprîmes que sans avoir assisté à cette présentation, vous fûtes en mesure d’en proposer une « critique radicale », laquelle consistait uniquement dans un dénigrement systématique d’un livre que vous n’aviez même pas lu. Souffrez d’admettre qu’il est surprenant de parvenir à une conclusion aussi catégorique alors même que notre présentation ne vous est parvenue que par ouï-dire.

Peut-être êtes-vous doté d’une omniscience totale vous permettant de sonder les reins et les cœurs et de saisir directement le tréfonds des âmes. Puisqu’une telle propriété est propre à Dieu (St Thomas d’Aquin, Somme Théologique, I, Quest. XIV, art. 14), nous vous saurions gré d’agir immédiatement pour sauver les pauvres et nous arracher tous aux griffes de Mammon. En effet, vous ne pouvez, sans contradiction ou hypocrisie, prétendre aux qualités divines, condamner la pourriture capitaliste, et ne pas agir dans la plénitude de votre toute puissance (St. Thomas d’Aquin, Somme Théologique, I, Quest. XXV, art. 3 et 5).

Deux conclusions résultent de ce qui précède :

Primo : en dépit de votre omniscience vous êtes incapable d’agir efficacement contre le monde que vous dénoncez ; il en procède nécessairement qu’en dépit de cette qualité divine, vous n’êtes qu’une sorte de petit démiurge insipide, stérile, improductif et oiseux et il est dès lors inepte de vous prier d’agir.

Secundo : en dépit de votre omniscience, vous vous refusez d’agir pour le triomphe du bien et de la justice et vous n’êtes donc qu’un petit démon mauvais, néfaste, délétère et toxique et il est dès lors criminel de vous prier d’agir.

Ce qui est rassurant, c’est que les deux conclusions me confortent dans l’idée qu’il ne convient de ne prier que Dieu et de se garder d’honorer comme des dieux ceux qui ne sont que des créatures enflées d’orgueil.

Nos impressions furent confirmées dans la dernière vidéo d’entretien du groupe Guerre de Classe postée le dimanche 16 février 2020. Sans que nous ne soyons cités autrement que comme le « club Marx » ou même comme le « club saperlipopette » mais derrière certaines remarques implicites, nous comprîmes aisément que nous étions directement visés et que cette vidéo n’avait été tournée que dans le simple but de dénigrer nos actions sans nous faire l’honneur d’une attaque franche et loyale. Ce ne fut qu’un crachat, un disgracieux glaviot jeté sur Youtube, preuve émouvante qu’en dépit de votre âge vous êtes fondamentalement resté un gamin, morveux et colérique. Les plus grands mystiques chrétiens affirmaient que pour un jour être appelé à la béatitude finale, il fallait conserver une âme d’enfant ; sans doute est-ce par fidélité à la personne du Christ « radical » que vous vous estimez en mesure de faire vôtre cette parole de l’Écriture : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse » (Evangile selon saint Matthieu, XII, 30) ; à moins qu’il ne s’agisse, là encore, que de la manifestation publique d’un brusque accès d’orgueil : « vanitas vanitatum omnia vanitas » (Ecclésiaste, I, 2).

Plutôt que de vous voir en sosie enflé et rubicond du Fils de Dieu, lequel consenti à voir son corps suspendu au bois du supplice pour le salut de tous les hommes (et non pour l’abolition de l’Etat et de l’argent comme vous vous escrimez à le faire croire), j’incline plutôt à voir dans votre frénésie purificatrice quelque chose qui tient davantage d’un Fouquier-Tinville de chef-lieu de canton (Marennes l’étant…) que du Verbe fait chair. Tertullien (un « penseur superficiel » qui eut la cuistrerie de réfléchir après les présocratiques sans attendre Hegel) disait que le diable est le singe de Dieu ; vos gamineries singent l’enfance et vos prétentions à la divinité confinent au comique : l’ambition sans le talent est un crime.

Homme de dialogue, ouvert à toutes les rencontres, adepte d’un « il est interdit d’interdire » proclamé à corps (virtuel) et à cri (sonorisé) dans vos innombrables vidéos où tout en affirmant que vous n’êtes rien vous ne refusez pas de vous mettre en scène sur la plate-forme Youtube, vous avez toutefois posé assez nettement les limites dudit dialogue et de ladite ouverture.

Vous êtes un « Groupe d’Intervention Communiste » et nous ne sommes qu’un simple « club de lecture » (remarquez, mon humilité m’oblige à vous donner des majuscules sans que j’y prétende pour nous autres) : rien de commun entre nous. Selon vous, nous passerions notre temps à communier dans une même misère frustrée cherchant dans quelques pages de Marx ou de Debord de quoi saler un peu nos fades existences. Là encore, mais comme d’habitude, vous parlez sans connaître et vous jugez sans savoir !

De vidéo en vidéo, vous ne cessez d’appeler vos auditeurs à « creuser » et à « lire », à « sortir de Youtube »… Vous donnez des références, des textes et des ouvrages : nous vous prenons au mot, nous allons au texte comme le mineur à la mine. D’aucuns parmi nous ont déjà beaucoup lu (et sont diplômés du crétinisme étatique), d’autres lisent en ce moment, d’autres enfin s’adonnent à de coupables penchants pour le grand abyme qui sépare Parménide de Hegel et Héraclite de Marx, ces vingt-cinq siècles de culture grecque, latine et chrétienne que vous condamnez d’un coup de langue. Il n’en demeure pas moins que par-delà ces querelles livresques qui ne sont pas d’un grand intérêt, nous vivons tous dans le monde réel et concret, pressurés de jour en jour par le poids de plus en plus implacable de cette gigantesque machine à broyer les âmes et les corps. Aucun, parmi nous, ne vit des minimas sociaux et des diverses allocations créées par l’État (vomi, honni, détesté mais qui rémunère grassement le parasitage) : nous avons tous un travail, nous sommes tous, fonctionnaires ou non, des salariés et partant des prolétaires. Nous assumons froidement, crûment, sans nous faire d’illusion sur l’étendue de notre liberté ni sur l’avenir que le système capitaliste nous réserve, le principe de réalité.

Et c’est dans ce monde que nous essayons, avec nos petits moyens et nos petits cerveaux, avec notre pauvre carcasse frêle et névrosée, de propager autant que faire se peut un tout petit peu de ce que nous découvrons en lisant et en échangeant. Nul parmi nous n’aurait eu la cuistrerie insigne de s’autoproclamer « Groupe d’Intervention », mais personne ne se dérobe lorsqu’il s’agit d’affronter le réel et cela passe, entre autres choses, par le travail quotidien, tâche par laquelle nous cessons d’être des lecteurs de Marx ou de Debord pour éprouver dans notre chair même la redoutable dialectique aliénante qu’ils décrivent.

Nous ne sommes pas de simples rongeurs se droguant en dévorant des textes radicaux ; nous ne cherchons pas une quelconque compensation dans la lecture : nous y découvrons avec une surprise sans cesse renouvelée la description minutieuse et précise de ce que nous vivons chacun dans notre quotidien et ces textes nous permettent précisément d’échapper à toute forme d’angoisse individuelle puisqu’ils dressent le panorama général d’une mécanique globale ou d’une dialectique structurelle dont nous ne sommes pas les seules victimes.

Comprenez que votre dernière vidéo où, réfugié dans l’antre douillette d’une maison de campagne confortable (bien loin de l’insécurité de certains quartiers), vous pontifiez avec trois individus (et une quatrième « petite voix » invisible) sur l’étendue de notre misère et sans chercher nullement, par un geste fraternel d’aide et d’assistance à nous aider (vous annoncez, simplement, que « l’Histoire a tiré la chasse »), ait pu susciter chez nous une certaine surprise.

Je puis même dire que j’eus un accès de colère, car Saint Thomas nous enseigne que celle-ci, lorsqu’elle ne dépasse pas les bornes de la raison peut se justifier moralement (Somme théologique, II, IIae, quest. 158, art. 3) et c’est précisément le caractère déraisonnable et outrancier de votre attaque qui suscita chez moi cet accès de colère. Rien de rationnel ne justifiait pareille agression, d’autant que vous n’eûtes jamais à vous plaindre d’une quelconque attaque de la part du Cercle Marx, bien au contraire : le Cercle Marx a toujours été bienveillant envers votre personne et envers votre travail (certains de ses membres vous ont même défendu contre des attaques malhonnêtes, certains de ses membres ont même pu penser, à tort hélas et avec tristesse, qu’une véritable relation d’amitié était née avec vous).

Nous dûmes nous rendre à l’évidence que derrière les beaux discours, votre groupe qui se prétend communiste finit tôt ou tard par n’être qu’un bolchévisme sectaire de plus. Derrière les appels à la « jouissance cosmique » demeure toujours la tentation tchékiste et les espérances d’un « communisme universel » se heurtent souvent sur le mur des subjectivités sectaires et dogmatiques, ce que 3 années de confrontation avec des membres de Guerre de Classe (des clones de votre personne) ont pu confirmer (sabotages d’interventions, haine de la culture et de la dialectique, incapacité au dialogue, sectarisme, dogmatisme, insultes ad hominem, etc.)

Le 16 novembre dernier, nous avons accueilli avec joie et dans un réel esprit fraternel ceux-là mêmes qui vous firent le rapport à partir duquel vous avez jugé que nous écumions la surface sans chercher à creuser les profondeurs ; heureusement que nous n’accordons aucune importance à des jugements prononcés sans avoir permis aux prévenus de se défendre.

Le 16 novembre dernier, nous pensions avoir rencontré des camarades enchantés de partager un moment de communion avec nous pour fêter ensemble, autour d’un bon repas, le premier anniversaire d’un mouvement extraordinaire qui nous a fait vibrer et comprendre à quel point le monde actuel suinte le règne de la Mort et que la Vie n’est pas de ce monde, mais le 16 novembre dernier, nous ignorions que nous avions ouverts notre porte à des commissaires politiques, des tchékistes qui mangèrent avec nous sans pour autant être pleinement des nôtres.

Sans vous en rendre compte (ou peut-être un peu…), le groupe « Guerre de Classe » tend de plus en plus à prendre toutes les apparences d’une petite boutique marchande toute entière tournée autour de votre personne ; les autres membres boivent vos paroles et ont pour vous les yeux de Chimène ; ils vous vénèrent au point de vous imiter en toute chose et de reprendre jusqu’à votre phrasé et vos expressions. Vous n’éveillez pas des consciences, vous cherchez à les transformer en vous-même et quiconque prétend s’adonner à la lecture de vos auteurs fétiches sans épouser pleinement votre langage et vos réflexions se voit taxer de « subjectivisme », ce qui est un peu fort de café : toute personne qui n’est pas le clone de Francis Cousin est une « épave circulatoire de la valeur d’échange en mouvement». Tout en prétendant critiquer le fétiche marchand, vous devenez vous-même l’objet d’une fétichisation mercantile de la part des membres de Guerre de Classe (membres qui ne sont que des clones mimétiques de votre propre personne), cela ne semble néanmoins pas vous poser problème… Vous avez également vos contradictions (il est ainsi très curieux de noter que votre prétention à critiquer le narcissisme spectaculaire s’accompagne d’une mise en scène spectaculaire récurrente sous forme de vidéos youtube) et vous ne les entendez pas monsieur Francis Cousin.

Tandis que votre groupe Guerre de Classe s’affirme de plus en plus comme une secte doublée d’une PME reproduisant les codes de l’entreprise capitaliste (bureaucratie, division sociale du travail, merchandising, hiérarchie d’entreprise, vocabulaire d’entreprise, etc.), excommuniant hors du mouvement réel de l’Histoire quiconque « blasphémerait » en violant ses dogmes métaphysiques, vous vous révélez vous-même de plus en plus en vidéo comme un marxiste bourgeois méprisant, condescendant, orgueilleux et incapable de répondre autrement que par des injures ou du psychologisme de bas étage. Gonflé de votre orgueil à prétention d’omniscience, vous balayez d’un revers de main toute référence qui ne rentrerait pas dans votre cadre mental et vous faites une utilisation abusive de l’accusation de « subjectivisme » en oubliant votre propre subjectivité et votre propre tendance au subjectivisme. Ainsi selon votre logique (ou plutôt votre sophistique), Maximilien Rubel (le grand traducteur de Marx dans la Pléiade, celui-là même par lequel vous avez pu lire Marx en Français) serait lui aussi un « paumé » pour oser faire référence à Nietzsche dans plusieurs de ses textes, ce qui est tout de même très limité…

La maîtrise rhétorique et conceptuelle dont vous faites preuve chaque fois que vous vous emparez d’un sujet a eu pour résultat de vous donner une trop grande confiance en vous. Nul ne peut nier l’aisance avec laquelle vous parvenez à débrouiller les entrelacs du réel pour en tirer d’importants enseignements. Chaque médaille à son revers et à trop réussir dans ce que l’on entreprend, on finit toujours par préjuger de ses forces et surtout de ses qualités.

Votre comportement prouve que le philo-analyste ressemble furieusement au freudien. Quiconque ne pense pas comme vous est accusé de n’avoir rien compris, de la même manière que les thuriféraires de Sigmund Feud diagnostiquent chez tous ceux qui n’admettent pas leurs dogmes de cumuler tous les complexes « découverts » par l’illustre viennois. « Si vous n’êtes pas d’accord avec Freud c’est qu’au fond vous rêviez de coucher avec votre mère et vous êtes bien embêté qu’on vous le révèle » dirait le freudien ; « si vous n’êtes pas d’accord avec Francis Cousin c’est qu’au fond vous n’êtes que dans l’écume des choses » dirait le moindre suppôt du « cousinisme » intégral.

L’orgueil du ratiocineur nous menace tous, même ceux qui récusent le « crétinisme universitaire » (crétinisme qui peut aussi être « non-universitaire », ce que vous n’envisagez jamais…). Du reste, votre condamnation du « crétinisme universitaire » est somme toute assez déplacée puisqu’une visite rapide sur le site de votre cabinet nous permet de lire ce qui suit :

« Francis COUSIN est Docteur en Philosophie et titulaire d’un DEA d’Histoire de la Philosophie (Idéologies, Mythes, Religions et Sciences du signe). Plus particulièrement intéressé par la question du sens historique du devenir, il s’est aussi attaché à travailler notamment les problèmes posés par la philosophie du droit et la philosophie de l’histoire ».

Vous liez expressément au verbe « être » non pas votre qualité d’être humain mais un titre conféré par l’Université… Vous insistez sur votre titre de docteur (cela fait sérieux, surtout lorsqu’on prétend s’adonner à une activité thérapeutique) et mentionnez incidemment un DEA d’Histoire de la Philosophie… Conchier l’Université lors même que les titres qu’elle dispense vous ont permis d’exercer une activité lucrative (par charité chrétienne, je ne mentionnerai pas les éléments figurant en rubrique « tarifs ») cela relève ni plus ni moins que de l’hypocrisie. A bien des égards, l’affichage public desdits diplômes prouve que vous appartenez à ceux qui tout en parlant avec dédain du Bottin Mondain font des pieds et des mains pour y entrer. Vous avez obtenu un titre universitaire et savez, le cas échéant, vous en prévaloir, manifestation sinon du « crétinisme universitaire » du moins de « l’orgueil académique », preuve qu’il ne suffit pas de refuser le mal pour y échapper, de la même manière que « dire non » à la grippe n’a jamais empêché d’avoir la fièvre.

C’est avec tristesse que je clos cette missive. Je ne dirai pas que vous avez trompé mes espérances car je ne les place qu’en Dieu (ce qui n’engage que ma personne et non tous les membres du Cercle Marx) mais je pensais que vous étiez d’une autre trempe que tous les histrions qui s’agitent sur YouTube et prétendent être différents de ceux qui participent au cirque médiatique. Votre dernière vidéo m’incline à de tristes conclusions mais je ne demande qu’à être déjugé.

Après tout, je refuse que ce triste événement ait pour conséquence de nous priver du plaisir d’une vraie rencontre car je fais mienne la phase de la malheureuse Antigone : « Je suis fait pour partager l’amour, non la haine ».

Pax Domini sit semper vobiscum

Deuxième et humble missive adressée par une insignifiante épave circulatoire de la frustration historique et sexuelle du cosmos de sacralité transcendantale du Logos radical depuis le « Club de lecture pour paumés » au vénérable « Pôle Relations Extérieures » du groupe Guerre de Classe et à son chef (jusqu’ici le très respectable Francis Cousin)

« Le remplacement d’une orthodoxie par une autre n’est pas nécessairement un progrès. Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment. » (Orwell, Écrits politiques)

Cher Francis Cousin,

Dimanche 16 février, nous avons eu l’honneur tout relatif d’être malgré nous et indirectement le sujet central de l’émission de Guerre de Classe : « Groupe de lecture de paumés », « épaves universitaires »… Vous n’avez pas ménagé votre peine pour nous insulter et nous couvrir de noms d’oiseaux. Cela nous a fait beaucoup de peine.

Par-delà les désaccords et les incompréhensions, nous conservions pour vous un profond respect. La qualité de votre travail n’est pas ici en question. Mais nous attendions beaucoup plus, et mieux, d’un « homme de dialogue » plutôt qu’une série de piques mesquines et d’attaques nominales sur notre travail et sur nos personnes.

L’émission du 16 février semble n’avoir été pour vous qu’un défouloir, chaque question un prétexte pour déverser votre ressentiment (Diantre ! Un concept nietzschéen !) sur notre petit groupe. Comment peut-on prétendre être un homme de dialogue tout en insultant notre « Club saperlipopette » sous prétexte que nous oserions faire référence à des textes arbitrairement mis à l’index par le « Tout-Puissant Mouvement Réel » ? L’émancipation vers la Gemeinwesen suppose-t-elle la censure de tout ce qui ne rentre pas dans le cantique ou le catéchisme cousino-marxien et l’insulte envers ceux qui n’auraient pas la déférence de vous écouter la bouche en cœur et l’œil torve, annoncer sans cesse les mêmes thèses, si justes soient-elles au demeurant ?

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai entendu, en lieu et place d’une réponse à une question pertinente sur Clastres, une attaque sur notre groupe d’amis nantais, prélude à une série de coups bas qui auraient scandalisés même un collégien aliéné par l’Éducation Nationale de la Marchandise. Comment un homme d’une telle culture, d’une telle puissance dialectique comme vous Francis Cousin, peut-il sombrer dans un tel orgueil au point de ne pas se rendre compte de la mesquinerie de ses attaques et de la petitesse de la démarche ?

Car si notre démarche est selon vous illégitime, ce que nous pouvons admettre bien volontiers (avec toutefois ce paradoxe étrange qui veut que Guerre de Classe ait passé son temps à vouloir assister à nos interventions depuis ces dernières années, interventions saluées pour leur qualité par ses mêmes membres), il serait quand même de bonne guerre de nous dire POURQUOI, et surtout COMMENT nous réorienter vers une lecture plus en cohérence avec les « critères du mouvement réel ». Cela dit, il semble étrange qu’un grand penseur comme vous, qui ne cesse de scander à longueur de youtubisme qu’il faut lire et creuser, passe plus d’une heure d’entretien à fustiger un groupe qui se fait fort justement d’aller au fond des textes radicaux. Belle contradiction n’est-ce pas ?

Je ne poserai pas la question de savoir quelle est la différence entre la lecture à Guerre de Classe et celle de notre « Cercle Tartampion ». Deux solutions :

soit votre collectif sectaire garde jalousement pour lui secret de la lecture radicale (la « bonne et la vraie lecture » d’après vous).

– soit vous ne savez absolument pas en quoi consiste cette différence, et elle ne sert qu’a séparer les gentils et le méchants, c’est-à-dire d’un côté ceux qui citent le cantique cousinien comme autant de sourates aliénantes, et de l’autre les esprits qui vous feraient l’affront de la remise en question et du doute, fût-il angoissé.

Orwell, que vous vous plaisez à citer ponctuellement, affirmait qu’il n’y avait pas de plus grand danger pour la pensée que l’esprit réduit à l’état de gramophone. Or, vidéos après vidéos, entretiens après entretiens, émissions après émissions, vous martelez systématiquement toujours les mêmes choses de façon autistique sans jamais les creuser, absolument jamais…

Si des dizaines d’heures sont nécessaires, par exemple, pour comprendre la baisse tendancielle du taux de profit, alors nous sommes en droit de nous demander à quoi vous avez employé les CENTAINES d’heures de vidéos que l’on trouve de vous sur Youtube. N’est-ce pas là une nouvelle contradiction pour vous le grand dialecticien de la radicalité ?

Nous sommes déçus et attristés de voir un homme que nous respections jusque-là s’abaisser à de basses attaques, et se perdre sur le terrain d’une querelle si mesquine qu’elle n’aurait pas sa place dans une cour d’école. Nous sommes déçus Francis Cousin, le respect que nous avions pour vous est atteint… Un penseur qui maîtrise son sujet n’a pas peur de la contradiction et ne tombe pas dans de telles bassesses.

Car quitte à s’aventurer sur le terrain de la pseudo philo-analyse, autant y aller à fond :

– C’est vous, Francis Cousin, qui êtes angoissé au point de ne vous entourer que de disciples dociles et lobotomisés qui ne vous remettrons jamais en question et qui ne font que confirmer bêtement vos dires par singerie mimétique (et on comprend maintenant pourquoi vous avez choisi d’exclure arbitrairement Florian et Inès de votre collectif pour ne garder que le médiocre et le toxique Guillaume). Vous avez peur de prendre des risques.

– C’est vous, Francis Cousin, qui vous accrochez aux mêmes thèses de manière compensatoire et thérapeutique. Elles vous rassurent tellement que l’idée même de les critiquer avec intelligence et courtoisie entraîne chez vous une réaction digne d’un enfant de 4 ans à qui on a refusé un Kinder. Vos réactions sont celles d’un adolescent en crise.

– C’est vous, Francis Cousin, qui avez peur, vous qui passez votre temps à affirmer que vous et vous seul êtes dans le vrai. Si cela n’est pas un pathétique exemple de méthode Couet, je ne sais pas ce que c’est. Votre dernier entretien était un transfert psychologique et une inversion accusatoire que vous devriez creuser et investir…

– C’est vous, Francis Cousin, qui n’arrivez pas à surmonter vos blessures et vos meurtrissures. Preuve en est votre réaction face à ce petit texte de Nietzsche envoyé par celui qui vous considérait encore jusqu’ici comme un ami et qui, si l’on en croit l’effet qu’il a eu sur vous, ne doit pas être si insignifiant, et doit sans doute réveiller chez vous de vieilles angoisses auxquelles vous tentez sans succès de tourner le dos.

– C’est vous, Francis Cousin, qui êtes devenu le gourou et le chef d’un groupe incapable d’exister sans vous, incapable de penser autrement qu’à travers vos dires de façon mimétique et robotique (ce que 3 années de confrontation avec les membres de Guerre de Classe n’ont fait que confirmer, 3 années pendant lesquelles nous n’avons pas cessé d’être confrontés à des clones robotiques et machiniques de Francis Cousin).

– C’est vous, Francis Cousin, qui avez besoin de flatter votre petit ego narcissique si fragile qu’il ne supporte pas qu’un interlocuteur cultivé puisse oser dévier du sillon que vous avez tracé. Sinon, pourquoi vous exposer sur le terrain de la parlerie youtubesque en face d’un auditoire déjà conquis ? Celui qui vous considérait comme son ami n’a pourtant pas cessé de tenter de vous proposer des débats contradictoires avec de potentiels contradicteurs de qualité… Pourquoi s’exposer ainsi spectaculairement sur youtube, sinon pour compenser vos angoisses et votre besoin de reconnaissance ? Quel étrange paradoxe de voir un si grand critique de la représentation spectaculaire se mettre en scène aussi régulièrement sous la forme de videos youtube !

– C’est vous, Francis Cousin, qui parlez d’ouverture et qui osez utiliser le collectif que vous dirigez comme outil pour nous insulter de manière lâche et basse. Est-ce parce que celui qui parmi nous vous considérait comme son ami a refusé votre proposition de confrontation/entretien ? Mais cher Francis, l’intérêt de discuter avec un homme devenu sourd, quel est-il ? Vous êtes devenu sourd au point de commencer à devenir un même internet, et vous ne vous en rendez pas compte…

– C’est vous, Francis Cousin, qui êtes vexé. Vexé car celui qui pensait être votre ami n’est pas venu à votre congrès, vexé car il a refusé votre dernière invitation pour un entretien. Mais cette invitation était-elle réellement fraternelle et communiste ? Je ne le crois pas. Si celui qui vous considérait comme son ami a refusé votre dernière proposition d’entretien, c’est précisément parce qu’il a compris qu’un nouvel entretien avec vous était devenu structurellement impossible…

Nous ne remettons pas en cause la légitimité que vous avez pour parler de Marx, mais ce triste entretien n’a fait que prouver une chose : Guerre de Classe est ontologiquement naze et et n’est au fond qu’un faire-valoir pour un Francis Cousin en mal de reconnaissance (vous savez, ce concept hégelien, mais sans doute trop peu radical – quoi que cela veuille dire selon vous – à votre goût). Retirez-vous du groupe, et voyez : il ne reste rien, seulement un parterre de « paumés » (il n’y a pas de raison que vous ayez le monopole de cet adjectif) qui attendent patiemment que « maman-oiseau-Francis » leur donne la becquée radicale.

Remettez vous en question Francis Cousin et faites votre propre philo-analyse.