Une terminologie de l’ennemi…

Stéphane Courtois – Le livre noir du communisme.

Puisqu’ils se considèrent en guerre, les bolcheviks instaurent toute une terminologie de l’ennemi : « agents ennemis », « populations faisant cause commune avec l’ennemi », etc.

Sur le modèle guerrier, la politique est ramenée à des termes simplistes, définie comme relation ami/ennemi , comme revendication d’un « nous » opposé à « eux ». Elle implique une vision en termes de « camp » – encore une expression militaire : le camp révolutionnaire, le camp contre-révolutionnaire.

Et chacun est sommé de choisir son camp, sous peine de mort. Grave régression à un stade archaïque de la politique qui efface cent cinquante ans d’efforts du bourgeois individuel et démocrate.

(…) Ces présupposés scientistes appliqués à l’histoire et à la société – le prolétariat porteur du sens de l’Histoire, etc. – relèvent bien d’une fantasmagorie millénariste et planétaire et sont omniprésents dans l’expérience communiste.

Ce sont eux qui fixent une idéologie criminogène déterminant selon des critères purement idéologiques une ségrégation arbitraire (bourgeoisie/prolétariat), des classifications (petits-bourgeois, grands bourgeois, paysans riches, paysans moyens, paysans pauvres, etc.) ; en les figeant – comme si elles étaient définitivement données et comme si les individus ne pouvaient passer d’une catégorie à une autre -, le marxisme-léninisme instaure le primat de la catégorie, de l’abstraction, sur le réel et sur l’humain ; tout individu ou groupe est perçu comme archétype d’une sociologie primaire et désincarnée. (…)

Ce qui rend le crime plus facile : le délateur, l’enquêteur, le bourreau du NKVD, ne dénonce pas, ne poursuit pas, ne tue pas un homme mais élimine une abstraction nuisible au bonheur général.

Stéphane Courtois – Le livre noir du communisme.